Eric Woerth à Paris, le 25 mars 2009 / Martin Bureau AFP

« Est-ce que j’ai une tête à couvrir une fraude fiscale ? ». D’ordinaire bon communicant, Eric Woerth appelle au « délit de sale gueule », alors qu’il est soupçonné par plusieurs médias, dont Le Canard Enchaîné, d’entretenir des liens troubles avec Liliane Bettencourt, l’héritière du groupe L’Oréal. Sa femme Florence est également citée en tant qu’ancienne employée de Clymène, la holding qui gère les intérêts de Liliane Bettencourt. A l’origine sordide affaire familiale, entre mère, fille et entourage « intéressé », la fortune de la quasi-nonagénaire est devenue sujet d’État lorsque son gestionnaire Philippe de Maistre a reconnu que deux des comptes en jeu étaient basés en Suisse, donc hors de portée du fisc français… dont Eric Woerth a eu la charge du mai 2007 à mars 2010.  D’autres noms célèbres ont été évoqués, notamment ceux du président de la République Nicolas Sarkozy et de Patrice Ouart, son conseiller. Tient-on là un énième scandale politico-économique ? Peut-être, mais il ne faut pas s’enflammer et tomber dans la précipitation : la couverture médiatique de l’affaire Clearstream étant un bon exemple de suivisme médiatique. Pour le moment, la patience est de mise. Il faut attendre les conclusions de la justice, incarnée par le très contesté Philippe Courroye… Et sans élément factuel décisif, il faut reconnaître à Eric Woerth une volonté certaine de tuer dans l’œuf la rumeur, crédible après les révélations de Mediapart. Quitte à jouer la carte de la surenchère médiatique, il affirme sur LCI son innocence et martèle à plusieurs reprises : « C’est archi-faux, c’est archi-faux ! », même si le JDD évoque une deuxième affaire, touchant cette fois la famille Peugeot, où Eric Woerth aurait évité à l’héritier sochalien un contrôle fiscal… Mais en l’absence de réponse juridique ferme, il ne faut pas incriminer le ministre du Travail, toujours concerné par la présomption d’innocence.

Un coup dur pour l’UMP

Qu’il soit coupable ou non, Eric Woerth est d’ores et déjà sonné par la puissance de la rumeur, favorisée par la vitesse des échanges sur Internet, du blogging à Twitter, de Facebook aux agrégateurs d’informations. En évitant l’écueil de l’opportunisme, l’opposition a globalement fait preuve de dignité, à l’instar de François Hollande, qui a demandé « davantage de transparence ». A l’exception des moins sobres Arnaud Montebourg, Eva Joly, Nicolas Dupont-Aignan et François Bayrou, qui ont tour à tour réagi, l’eurodéputée d’Europe Ecologie ayant même évoqué un « énorme scandale ». Alors, bien sûr, l’ancienne juge d’instruction, comme Arnaud Montebourg, risque une attaque en diffamation par le couple Woerth. Mais l’essentiel est fait : après la crise économique, l’affaire Clearstream, les actions gouvernementales contestées et un bilan politique insuffisant après trois ans à la tête du pays, la majorité subit un nouvel affront. Sa propension à nier en bloc -au delà des clans- les accusations semble d’ailleurs en attester… Il lui faudra faire fort, très fort, pour reconquérir le cœur des Français.

Anelka devrait quitter l'équipe de France / DR

Limités face à l’Uruguay, défaits après le Mexique puis grotesques à la Une des médias, les Bleus ont montré un autre visage contre l’Afrique du Sud : celui de la déveine. L’équipe de France a connu hier un match catastrophique, perdu au final 2-1, un score qui ne reflète pas la domination évidente des Bafana Bafana. Bien sûr, l’expulsion grotesque de Gourcuff rappelle cruellement le destin des relégués à qui ne rien ne sourit, entre mauvais choix, absence de réussite et arbitrage défectueux. Évoluer à dix a évidemment contrarié les desseins français, tout comme le manque de vécu commun et de compétition des Squillaci, Cissé, Gignac ou Clichy, alignés hier. Mais Raymond Domenech et ses joueurs ne pourront pas se plaindre : la préparation calamiteuse, si moquée par les différents observateurs de la planète football, semblait augurer d’un tel résultat.

Trois éliminations au premier tour depuis 2002

Pourtant, il semblait difficile de faire pire qu’en 2002, où la France avait perdu deux rencontres, concédé trois buts, sans jamais nettoyer les lucarnes adverses. En huit ans, l’équipe fanion du football hexagonal aura connu trois éliminations au premier tour, mais ce Mondial sud-africain restera, plus que tout autre échec marquant, le symbole d’une faillite fédérale : la Fédération s’est incontestablement trompée en choisissant Raymond Domenech, l’homme de la discorde ; le Catalan s’est, lui, trompé en pratiquant un management conflictuel, alors qu’il aurait été plus habile d’arrondir les angles ; enfin, les joueurs ont trompé leur pays en doublant leurs lacunes sportives d’une arrogance nauséabonde. Il faudra bien du temps pour passer à autre chose et le pays se rappellera, même dans vingt ou trente ans, du comportement grotesque de ces Bleus, sur le terrain et en dehors.

Une nécessaire reconstruction

Mais la violence de l’échec permettra au moins à Laurent Blanc, le prochain sélectionneur, de repartir de zéro. Le chantier s’annonce immense, même si la Maison Bleue a du potentiel. Un potentiel entrevu lors de ce Mondial, notamment chez les -plus ou moins- jeunes : Lloris, Diaby, Toulalan, Malouda ont évolué à leur niveau, même si Diaby n’est pas encore installé dans cette équipe, faute de vécu sous le maillot tricolore. Laurent Blanc devrait pouvoir compter sur eux, en vue du prochain Euro, qui se profile, déjà, à l’horizon 2012. Pour le reste, de nombreux trentenaires risquent de mettre fin à leur carrière internationale : Henry, Govou, Anelka, Gallas, Abidal, pour ne citer qu’eux. Ces « cadres » au leadership surcoté devront être remplacés, mais des joueurs prometteurs frappent à la porte : Rami, Ciani, Trémoulinas, Gameiro, Kaboul, Briand, Cissokho, Corchia… Préparer l’avenir demande du temps, et Laurent Blanc n’y coupera pas : il devra bâtir et faire preuve de cohérence, ce que Domenech n’a jamais fait depuis le début des qualifications pour l’Euro 2008. Dans un premier temps, le sélectionneur cévenol pourra, à sa guise, s’appuyer sur le potentiel intact des Ribéry ou Evra, les meneurs contestés de la fronde après l’exclusion méritée de Nicolas Anelka. Mais il leur demandera, avant tout, une implication de tous les instants, la même grinta qui a tant manqué à ces Bleus durant le Mondial. Aussi, Laurent Blanc devra avant tout rompre les clans qui minent sa sélection : incontestable à Bordeaux, son autorité naturelle devra se confirmer sous le costume de sélectionneur national. En attendant, il lui faudra faire un état des lieux du groupe « France ». A lui de choisir, avec lucidité, les joueurs capables d’évoluer ensemble.

A l’issue du désolant France-Mexique, conclu sur le score de 0-2, les Bleus semblent infiniment plus prêts de l’élimination que d’une qualification. La faute à deux erreurs en défense, fatales conséquences d’une organisation collective défaillante.

Frank Ribéry, préféré à Yohan Gourcuff, est à terre. Il n'a jamais pesé sur le jeu français.

Une phrase, à chaud, semble résumer la « qualité », si l’on peut dire, de la prestation française. Celle de Florent Malouda, un des rares Bleus à aller au pressing ce soir : «Il faut sauver notre honneur parce que c’est honteux de perdre comme ça. Quoi qu’il arrive, on ne peut pas sortir de la compétition sans gagner un match.» S’il n’est pas honteux, en soi, de perdre face à un Mexique solide collectivement, l’équipe de France tend le dos à la vindicte nationale, tant son manque d’implication et de rigueur a sauté aux yeux. Le pressing ? Quasi inexistant. Le bloc équipe ? Poreux à souhait. L’état d’esprit ? Lamentable. Ni les courses nonchalantes d’un crispant Nicolas Anelka, ni le placement aléatoire d’Eric Abidal n’ont permis aux Bleus d’inverser la tendance. Mais faut-il blâmer le seul arrière gauche du FC Barcelone, défaillant sur les deux buts mexicains ? Ce serait injuste. Car personne dans ce groupe n’a semblé capable d’insuffler une grinta à même de combler les manques récurrents de cette équipe bancale depuis la fin de l’Euro 2008.

Privé d’un axe fort, le bateau a fini par sombrer

La coupe du Monde 2006, dont on connaît l’amère issue, avait vu les Bleus monter en puissance et tenir bon en poules le temps d’une rude préparation physique, qui avait fini par porter ses fruits à partir des huitièmes de finale. Contre la Corée du Sud et la Suisse, au delà des approximations arbitrales, les Thuram, Makelele, Vieira, Zidane et Henry avaient guidé le collectif et permis à l’équipe de rester solide, en attendant que les jambes reviennent. Cette solidité, justement, a terriblement manqué contre l’Uruguay et surtout ce soir, contre le Mexique. Raymond Domenech et ses joueurs pourront bien évoquer la situation en altitude du stade de Polokwane (1300m) et soutenir que les Mexicains sont habitués à évoluer dans ces conditions, mais les lacunes tactiques et morales de ce groupe n’ont probablement rien à voir avec l’oxygénation du sang. Décisives ce soir, les deux erreurs de placement d’Eric Abidal étaient malheureusement prévisibles : à Lille, à Lyon comme à Barcelone ou lors de l’Euro 2008, le Guadeloupéen n’a jamais été un stoppeur naturel. Certes sa vitesse est utile pour « rattraper les coups », mais son coup de rein ne peut à lui seul compenser ses sautes de concentration, et son manque d’intelligence situationnelle. Il manque à Abidal, latéral dans l’âme, ce qui faisait la force des Laurent Blanc, Maurice Janvion ou Maxime Bossis : le placement. Son voisin de charnière, William Gallas, aurait pu combler ces manques. Mais il n’a jamais été un leader de défense. D’ailleurs, comme un symbole, l’Antillais a joué ses meilleurs matchs en club comme en sélection, aux côtés de stoppeurs tactiques  comme Ricardo Carvahlo ou John Terry à Chelsea, ou encore Lilian Thuram en équipe de France.

Un manque de repères et d’envie criant

Le maintien de Govou à droite et d’Anelka devant semblent aussi tout contestables, mais Raymond Domenech a surtout eu le tort de balloter son équipe, en changeant d’organisation collective régulièrement. En l’espace d’une petite vingtaine de rencontres, le sélectionneur n’a pas stabilisé son groupe, et ne lui a jamais donné une direction tactique évidente. Aussi, pour comprendre le placement approximatif des Bleus depuis plusieurs rencontres, il faut évoquer la litanie de systèmes expérimentés depuis la fin de l’Euro 2008. Choix premier à l’issue de la compétition continentale, le 442 était bâti pour jouer au ballon, et a vite été supplanté par un 4231 façon Mondial 2006, après l’éclosion du meneur axial « à la Zidane », Yohan Gourcuff. A quelques encablures du Mondial, Raymond Domenech a ensuite tenté d’installer le 433 en raison de la méforme du meneur bordelais. Ce système aperçu en préparation contre le Costa Rica, la Chine ou la Tunisie était assez prometteur offensivement. Mais les Bleus auraient eu besoin d’une dizaine de rencontres pour trouver leurs repères. Laurent Blanc à Bordeaux et Josep Guardiola à Barcelone avaient, eux, choisi de ne pas œuvrer dans la précipitation… Sentant le doute de son groupe, le sélectionneur a bien tenté de revenir à l’organisation des Bleus lors du Mondial 2006, à savoir un bloc solide protégé par deux milieux défensifs dont un relayeur, mais ce système n’a de sens que si l’équipe excelle dans le placement défensif : on ne peut jouer le contre qu’à la faveur d’une organisation axiale irréprochable. Du gardien jusqu’à l’avant-centre. Or, hormis Lloris et Toulalan, tout l’axe de l’équipe a balbutié, d’Anelka à Gallas. Et le replacement dans l’urgence et sur commande des cadres du groupe, de Ribéry à un poste de meneur qui n’est pas le sien, n’a pu tout changer… Une chose est certaine : pour se qualifier, les Bleus devront battre l’Afrique du Sud tout en espérant qu’il y ait un vainqueur entre l’Uruguay et le Mexique. Leur qualification, toujours possible, ne tient plus qu’à un fil. Mais le peuvent-ils vraiment ? Le souhaitent-ils vraiment ?

Hasard de l’actualité ou vraie tendance de fond, l’actualité du journalisme m’a particulièrement intrigué aujourd’hui… Notamment un billet d’Alice Antheaume, la responsable de la prospective du Master journalisme de Sciences Po Paris. Dans ce billet, donc, la journaliste de Slate.fr s’inquiète de « l’uniformisation des esprits », après avoir constaté à quel point certains candidats à l’entrée des écoles de journalisme se ressemblent, ont les mêmes aspirations (travailler à l’étranger, Florence Aubenas, Le Grand Journal de Canal + etc…). Son trouble angoissé est de bon aloi : à former des gens qui se ressemblent initialement, on ne peut guère renouveler le journalisme de demain. Et encore moins le relancer, alors que la presse française décline et plonge vers le « cheap », de l’aveu récent d’un chef de service d’un fameux hebdomadaire national… Souvent pointées du doigt, à tort et à raison, les formations en journalisme semblent intervenir trop tardivement.

Une question de franchise

Et si tout débutait auparavant, bien avant la Licence, un sésame souvent requis pour accéder au Master Journalisme ? La théorie a du sens, mais ne convainc pas totalement. A vouloir se lancer dans une profession exsangue économiquement, il faut du caractère pour s’accrocher aux branches, surtout quand le capital social et financier ne suit pas. Et ce caractère, précisément, devrait être acquis plus tôt, dès l’enfance, dès l’adolescence, pour que le suivisme soit banni et l’originalité mise en valeur. En théorie, les professionnels du journalisme en sont convaincus. En pratique, qu’en est-il, au delà des effets de manche ?  Car dans le milieu cloisonné de l’entreprise, l’originalité, si espérée, pourrait bien faire des précaires serviles d’aujourd’hui les subversifs de demain… Une chose est sûre : la profession, comme d’autres, gagnerait en honnêteté ce qu’elle perdrait en coups bas, en personnalités lisses et grégaires. Mieux, le terreau actuel, propice à la reproduction sociale, s’amoindrirait. Mais les patrons de presse, comme les technocrates de l’Éducation, le souhaitent-ils vraiment ? Petit élément de réponse : le journaliste de L’Express Eric Marquis a été suspendu par son employeur après avoir regretté la « peopolisation » et les coupes budgétaires du magazine dans les colonnes du Monde. Bel acte de franc-tireur. Il rappelle la position fragile des journalistes syndiqués.

A l’heure du buzz, l’internaute serait-il la proie d’une chasse à courre façon web 2.0  ? La thèse semble être confirmée par de nombreux exemples récents, à l’image d’Xkiouze.com, un site qui proposait de faux documents pour faire l’école buissonnière, avant d’avouer sa vraie nature :  le soutien scolaire. Un peu gros certes, mais l’opération de communication a parfaitement réussi. Borderline d’un point de vue éthique ? Probablement. Mais ça marche. Contactée par lePost.fr, la directrice commerciale d’Iknost, Nathalie Genieux, a expliqué qu’il y avait deux objectifs : « toucher notre cible, à savoir les lycéens, et faire le buzz avec cette petite polémique ».

Les journaux en première ligne

En 2007 déjà, le chercheur du CNRS Pascal Froissart remarquait une certaine institutionnalisation du buzz, devenu un élément clé dans la quête d’audience. La méthode employée, directement issue des techniques de marketing ou de la publicité, a amené certains journaux à se servir de la rumeur comme d’une Une accrocheuse. A l’heure de la sacro-sainte crise de la presse, entre budgets au cordeau et annonceurs en berne, de nombreuses rédactions possèdent ainsi leurs « rabatteurs », habilités à créer le buzz, l’entretenir, le relancer, pour ensuite rediriger vers les sites phares, les internautes attirés. Le Monde Interactif a ainsi crée LePost.fr ; Le Nouvel Obs’, à l’image de lemonde.fr ou Libération, possède une belle batterie de blogs ; Twitter et d’autres sites de micro-blogging relaient souvent le dernier sujet people/sexy/e-techno ou sport à la mode…

Un remède à la crise de la presse ?

Dans la même veine, le blog « People, buzz et rumeurs » annonce la couleur : Emilie Jardin, par ailleurs journaliste au Nouvel Obs’, qualifie son blog de « blablatage »… La formule est dure, mais le contenu du blog lorgne très clairement vers l’info people : le couple Brad Pitt-Angelina Jolie, l’affaire de prostitution Zahia D., ou encore le « Terrygate » figurent parmi les sujets évoqués… Une expérience personnelle semble corroborer cette tendance. Habitué à avoir entre 5 et 10 visites par jour sur ce blog, je me suis amusé à poster un billet sur l’affaire Zahia D, avec un titre bien gras dont je ne suis pas fier : « Equipe de France : les Bleus au fond du trou ? ». Et là, miracle. « La Loupe » passe en quelques heures de 5 à 97 visites. Idem sur lepost.fr, où le même billet -passé en Une- flirte avec les 12000 lectures. Je ne retenterai pas l’expérience, mais elle m’a confirmé que les sujets sexy/trash/people/buzz sont incontestablement vendeurs. J’en sors tout déçu.

|Lyon et Lisandro ont été largement dominés / DR

Incapable d’emballer sa demi-finale retour de la Ligue des Champions, l’Olympique Lyonnais a confirmé ses lacunes techniques contre un Bayern Munich de retour au plus haut niveau européen.

Le football de haut niveau se joue sur des détails, et Lyon l’a appris ce soir à ses dépens contre un Bayern Munich expérimenté. Le Graal des Gones, la finale, s’est évanoui dès la 26ème minute, lorsque Olic a profité d’un bon travail du créateur Thomas Müller pour placer l’OL à trois buts de la finale. Le score final de 2-0 (4-0 sur les deux rencontres) semble dur au vu de l’expulsion injustifiée de Cris à la 60ème, mais correspond finalement à l’écart technique et tactique entre les deux équipes. Outre-Rhin comme dans le Rhône, le club bavarois a étalé sa maîtrise tactique, brillamment cornaqué par Louis Van Gaal, l’ancien mentor de José Mourinho au FC Barcelone.

Un Munich caméléon

Comme à ses plus belles heures, le Bayern Munich a donné l’impression de jouer à sa main, et d’adopter à l’aller comme au retour, la tactique adéquate. Plus frais physiquement en Bavière, le club allemand avait su faire tourner le ballon pour épuiser un Olympique Lyonnais fatigué par son match à Bordeaux et un trajet interminable de 1500kms. Au retour, changement habile de cap. Sûrs de leur avance d’un petit but, Van Bommel et ses coéquipiers ont opté d’entrée pour un jeu en contre-attaque, guettant la moindre erreur d’un Lyon qui devait faire le jeu pour entrevoir la finale. Une tactique gagnante, car la défense lyonnaise n’a jamais été à l’abri d’un contre et de la vitesse des Olic, Robben et Müller. Mais limiter le jeu allemand à un catenaccio opportuniste serait réducteur à bien des points, tant ce Bayern, joueur, a su doubler sa rigueur retrouvée d’un bel allant offensif, malgré l’absence de Franck Ribéry, suspendu après son expulsion du match aller.

OL : un milieu un peu court

De son côté, le toujours ambitieux OL gardera un souvenir amer de cette demi-finale, après un parcours aux allures d’épopée marqué par une grande victoire à Liverpool, et surtout, l’élimination du Real Madrid, une première en match aller-retour pour le club français contre un grand d’Europe. Mais les épopées, faites de rêves et parfois de chimères, connaissent trop souvent une fin abrupte comme le Monaco de 2004 contre Porto en finale. Avant le début de la compétition, Jean-Michel Aulas espérait atteindre le dernier carré. C’est chose faite. L’objectif de la saison a été atteint, et Lyon semble avoir repris, à grand pas, sa progression sur la scène européenne, après des éliminations successives en huitième de finale depuis 2007. Pour viser plus haut, Claude Puel et ses joueurs devront garder la même pugnacité, mais la doubler d’une tout autre présence offensive.

L’ombre de Juninho

Trop souvent dans cette compétition, Lisandro Lopez, Michel Bastos ou Miralem Pjanic se sont égarés dans des tâches de l’ombre, faute d’un milieu de terrain plus doué avec le ballon, plus porté vers l’avant. Il manque indéniablement un Gerrard à cette équipe, un Schweinsteiger, un Xavi. Un Juninho aussi, dont le départ n’a pas encore été comblé par l’émergence de Pjanic. Contre Liverpool, le Real Madrid et Bordeaux, la folle combativité lyonnaise, incarnée par Delgado, Toulalan ou Lloris, avait fini par prendre le dessus sur le talent adverse. Au physique, au mental, à la grinta. Ce soir, cela n’a pas suffi face à une équipe allemande décisive dans les deux surfaces, et assez vernie après les deux expulsions très sévères de Toulalan et Cris lors des deux confrontations. Au delà des approximations arbitrales, l’adage est certes daté, mais n’a rien perdu de sa force : les grands clubs ne meurent jamais. Le Bayern, quatre Coupes d’Europe des Champions, une Coupe d’Europe des Coupes et une Coupe UEFA au palmarès, appartient sans doute à cette caste. Il est désormais à 90 minutes d’une cinquième coupe aux grandes oreilles.

Pierre Laurent

Peu convaincante sportivement, sifflée à domicile, l’équipe de France de football est désormais… moquée par une frange grandissante de ses supporters suite à l’affaire de prostitution qui pourrait concerner trois de ses joueurs : Sidney Govou, Franck Ribéry et désormais, Karim Benzema. A l’approche de la coupe du Monde, est-ce un coup dur pour les Bleus ou une occasion de se souder ?

Zahia Dehar, sur Facebook

C’est un buzz dont ils se seraient bien passés. Sur la sellette dans leurs clubs respectifs, Sidney Govou, Franck Ribéry et Karim Benzema font la Une des tabloïds européens pour une supposée affaire de prostitution. Une prostituée de 18 ans, Zahia Dehar,a indiqué avoir eu des relations sexuelles tarifées avec les trois joueurs. Karim Benzema devrait être prochainement auditionné, car il aurait eu des rapports avec la jeune femme alors qu’elle n’avait que 16 ans. Sa situation est la plus inquiétante, la sollicitation de relations sexuelles avec une mineure étant passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende. Réseau de prostitution ou non, ce rebondissement pose surtout la question de l’état mental des joueurs français alors que la coupe du Monde approche à grands pas. Face à ce genre de scandales, un  groupe peut avoir deux réactions : soit il explose et toute performance est impossible en Afrique du Sud, soit il se soude comme l’ont fait les Italiens avant le Mondial 2006, après une affaire de matchs truqués concernant entre autres, la Juventus de Turin ou le Milan AC. La réaction du groupe va prendre une grande importance, car le sélectionneur Raymond Domenech ne semble pas en mesure de chapeauter des joueurs qui le contestent, y compris sur la place publique.

Une difficulté à dépasser… ensemble

Quand la Fédération est distante, quand l’entraîneur ne semble plus à la hauteur, les joueurs doivent, seuls, se prendre en main. Dans le domaine sportif, il se dit souvent que les difficultés dévoilent les caractères… quand une équipe en dispose. Dans cette équipe de France, qui semble prêt à ne pas tourner le dos à la tempête ? Les plus expérimentés probablement, comme Thierry Henry ou William Gallas. Dans la génération « intermédiaire » des 23-30 ans, seuls Patrice Evra et Jérémy Toulalan semblent être capables de jouer les paratonnerres : on voit mal les discrets Sagna, Gourcuff  ou Malouda prendre la parole au nom du groupe. L’arme est classique car prendre sur soi pour protéger ses joueurs, d’autres l’ont fait par le passé : Jean-Michel Aulas puis Claude Puel à l’Olympique Lyonnais, Josep Guardiola au FC Barcelone et… le « clan des anciens » avant le Mondial 2006 : Zidane, Thuram, Vieira, Makelele, Sagnol… Ces présences charismatiques avaient permis à d’autres, comme Malouda, Ribéry de s’épanouir et de ne penser qu’au terrain. Les supporters français signeraient bien pour le scénario le plus favorable, mais sur le plan mental, la sélection française semble moins solide que ses devancières pour résister à la vague médiatique…

Pierre Laurent

En Rhône-Alpes, la gauche plurielle l’a emporté largement sur la droite au second tour des élections régionales, notamment en raison de la poussée d’Europe Écologie. L’UMP piétine, le FN se réveille.

Le président du Conseil Régional, Jean-Jack Queyranne / DR

Une réélection dans un fauteuil. En Rhône-Alpes, le président (PS) sortant du Conseil Régional Jean-Jack Queyranne a été réélu facilement avec 50,76% des votes. Sans surprise, le socialiste a pu compter sur le report des voix d’Europe Écologie et du Front de gauche, qui avaient accepté de faire liste commune au soir du premier tour. Brillant troisième au premier tour avec 17,82%, le parti écologiste confirme son résultat des dernières élections européennes, et entend bien développer son influence à l’avenir. « Notre performance est positive, et montre que le PS doit tenir compte de notre présence » affirme Eric Piolle, quatrième sur la liste de l’Isère. La phrase est pleine de sens. Europe Écologie, traditionnellement versé à gauche, ne veut plus faire de la figuration et souhaite « engager les discussions » avec le PS. Eric Piolle, par ailleurs ingénieur dans le civil, confie même à brûle-pourpoint que le « PS n’avait pas réalisé que le rapport de force avait évolué ». Ainsi, lundi matin, le groupe écologiste a regretté, très colère, que certains élus socialistes ne voient le parti de Daniel Cohn-Bendit que comme une force d’appoint, dont l’appui « allait de soi ».

Europe Écologie demande plus de reconnaissance

Fort de ses résultats, Europe Écologie entend même « parler d’égal à égal » avec ses partenaires de gauche, amenés à revoir « certaines de leurs pratiques »… Un élu de gauche raconte ainsi la « difficulté de caser les employés, les anciens vice-présidents, sachant qu’il a fallu faire de la place pour les nouveaux arrivants ». Les négociations ont-elles été plus rudes en aparté ? La théorie a du sens, sachant que Marie-Odile Novelli, d’Europe Écologie, a glissé que le « PS n’avait pas l’habitude de céder de la place ». Bernard Soulage, le premier vice-président sortant, a vu là des « négociations sereines ». Les joutes verbales ont débuté entre les deux partis, visiblement en léger désaccord quant aux termes de l’union… En Rhône-Alpes comme ailleurs, les deux partis jouent désormais des coudes, et Jean-Jack Queyranne devra veiller à l’unité de sa majorité. En place depuis six ans, le socialiste a maintenant quatre ans devant lui pour suivre sa feuille de route, basée sur l’emploi et la solidarité. Fort d’une majorité de 100 élus, contre 40 pour l’UMP et 17 pour le FN, le dirigeant socialiste souhaite s’attaquer de front au chômage, un fléau dans la région, alors que 250 000 Rhônalpins recherchent un emploi. Ses solutions ? Une refonte du schéma régional de développement économique et un plan de soutien aux PME qui sera examiné en mai. En outre, les CARED (contrats d’accès ou de retour à l’emploi) vont être développés et la Région prendra en charge les coûts de la formation si l’entreprise embauche le salarié en CDI. Autre priorité du président réélu, l’innovation, afin de créer « de nouvelles dynamiques et de nouveaux emplois». En ce sens, la région Rhône-Alpes accueillera une conférence européenne des Régions pour le climat afin de «promouvoir des initiatives concrètes ».

L’UMP devra changer de tactique

L’UMP, largement défaite, n’aura pas à ménager ses propres alliés. Avec la présence au second tour du Front National, le parti présidentiel savait que la victoire de la gauche était inéluctable, au-delà de la communication de campagne. D’ailleurs, les scores du premier tour sont révélateurs : en tête avec 26,39% des suffrages, Françoise Grossetête n’a pas pu rassembler la droite au second tour avec un score de 34,02%. Ainsi, selon de nombreux observateurs, comme Pierre Martin (voir interview), l’UMP a surtout payé l’image négative du président Nicolas Sarkozy, en chute libre dans les sondages, comme l’ont confirmé à mots couverts certains leaders régionaux. Avec 40 élus, le parti présidentiel n’aura pas les coudées franches pour s’opposer aux décisions de la gauche plurielle, et devrait rester campé sur son argument de campagne : la rigueur budgétaire. La fiscalité a constitué pour l’UMP un cheval de bataille : les partisans de Françoise Grossetête ont souvent reproché à la mandature Queyranne d’avoir augmenté les impôts de 24%. Le président sortant nie le chiffre, et table sur 6%. Pour se défendre, la majorité régionale met en avant son action en faveur de la formation, les apprentis étant passés de 32 000 à 41 000 entre 2004 et 2009. Elle met également en exergue le triplement du budget de la recherche. Bruno Gollnisch, tête de liste FN dans la région, est loin de ces préoccupations. Traditionnellement anti-européen et nationaliste, le parti d’extrême-droite a obtenu 17 votes au Conseil Régional, après les 15,23% du second tour. Le maintien à ce niveau du parti de Jean-Marie Le Pen confirme l’enracinement du Front National en Rhône-Alpes, avec un score supérieur de six points à la moyenne nationale : 9,17%. De quoi susciter l’appétit de l’UMP, qui verra peut-être là un matelas électoral potentiel…

Pierre Laurent

Vincent Comparat est le porte-parole de l’Ades, une association qui tente de maintenir un lien entre les hommes politiques et les citoyens. Mais ce retraité très actif revendique son côté poil-à-gratter…

A première vue, le bonhomme ne semble pas franchement tenace. La soixantaine paisible et affable, il semble presque en retrait, loin, voire très loin de l’image lambda du militant soixante-huitard. Pourtant, la vie politique, Vincent Comparat la connaît. De près. Lyonnais de naissance, il monte à Paris pour ses études à l’Ecole Centrale et se destine à une carrière de physicien. Mais rapidement, attiré par le « mouvement social des années 60 », il devient militant écolo, mais plus par idéalisme que par ambition politique. « Avant 1968, j’étais surtout engagé contre la guerre au Vietnam. Mais cette année a coincidé avec une prise de conscience générale, et j’ai trouvé le militantisme plutôt sympa ».            Par la suite, ses convictions vont l’amener à s’engager politiquement au sein du Parti Socialiste Unifié, l’ancien parti de Michel Rocard à mi-chemin entre le PS et le PCF. « La fin des années 60 a montré que le progrès physique ou technologie ne va pas forcément de pair avec le progrès social » regrette-il, presque désolé par la tournure des choses. Mais ces trois années au secrétariat national vont le convaincre de la lourdeur des appareils politiques, à qui il reproche d’être « trop pris par la perspective des élections ».

Des collègues qui rentrent dans le rang

Vincent Comparat garde un bon souvenir de ces années politiques mais ne se leurre pas : certains de ses amis, « notabilisés », sont rentrés dans le rang. « Les partis politiques sont des machines à broyer les individus. Dans les partis, les élus connaissent souvent mal leurs dossiers et en viennent à voter à la vâ-vite. J’ai choisi d’aider ceux qui entraient dans la machine pour ne pas les laisser seuls ». Là, en 1983, il participe à la création du GEA (Grenoble Ecologie Autogestion), qui finira par devenir l’Association Démocratie Ecologie Solidarité (Ades) en 1994. Menée entre autres avec Raymond Avrillier, auteur par la suite du livre-enquête « Le système Carignon », l’opération rencontre un certain succès et va jusque menacer le tout-puissant maire de Grenoble, l’ancien ministre Alain Carignon. Car petit à petit, le travail de fourmi paie et l’Ades finit par être représentée au sein des collectivités locales.

Logiquement, l’association finit par se heurter au système opaque du maire en place, mais cette période de conflit, d’enquête et d’intrigues a profondément marqué Vincent Comparat. « Avec d’autres opposants, et grâce à notre travail d’enquête, nous avons contribué à faire tomber Carignon, et ses méthodes de mafieux. Tout cela nous a demandé énormément d’attention, de travail, d’implication… » Paradoxalement, il émanerait presque du sexagénaire l’ombre d’une nostalgie, même s’il ne regrette pas cette période agitée : « l’affaire Carignon a renforcé la vigilance de la justice, et tout cela a été utile. Les « affaires » sont plus discrètes maintenant, sans valises pleines de billets… » Plus récemment, l’Ades s’est trouvée de nouveaux combats, en particulier le projet récurrent de Rocade Nord. « Michel Destot, comme Vallini ou Carignon, a fantasmé sur cette rocade et c’est grotesque » s’emporte l’ex-militant, à la verve dure mais étonnamment calme. PS Isérois, libéraux bétonneurs ou barons locaux, tout le monde en prend pour son grade. Sa prose prendrait-elle des atours politiques, sur fond vert et rouge ? Il s’en défend pourtant, car « Grenoble est un cas très particulier, et ses habitants demandent déjà trop de travail… »

Pierre Laurent

Lancé en 2004 pour protéger les communes iséroises d’une crue bicentennale, le projet est aujourd’hui remis en question. Pendant ce temps, les risques d’inondations sont réels.

Inondation à Veurey-Voroize (Isère) en 1928 / Mairie de Veurey-Voroize - Mme Ramu DR

L’Isère sera t-elle un jour aménagée correctement ? Après des dizaines d’années de projets avortés, les travaux d’aménagement des digues iséroises ont été reportés à 2011 sur le tronçon stratégique Saint-Ismier-La Tronche. L’information est d’importance, car la crue de 2001 avait fragilisé certaines portions de digue, n o t a m m e n t dans le secteur de Meylan. L’Association Départementale Isère-Drac Romanche était en première ligne lors de cette crue. Et Michel Pinhas, son directeur, ne cache pas son inquiétude : «Les digues de l’Isère sont vulnérables et une crue décennale peut les détruire. Et le fait de geler les chantiers augmente donc la probabilité d’avoir une crue d’ici l’achèvement des travaux ». En 2001, Michel Pinhas et son association avaient constaté une fuite de la digue protégeant les pépinières Paquet, près de Meylan. A l’époque, quelques travaux avaient suffi pour colmater la brèche, mais le scénario pourrait être moins favorable en cas de crue très intense.

Grenoble pourrait être inondé en cas de grue modérée

En effet, le Symbhi (Syndicat Mixte des bassins hydrauliques de l’Isère) est catégorique : une prochaine crue bicentennale, similaire à celle de 1859, pourrait occasionner des dommages évalués à 400 ou 500 millions d’euros dans le seul périmètre de Meylan et de La Tronche. Et si le scénario est peu probable, le risque n’est pas nul. Joint au téléphone, le Conseil Général regrette ce report des travaux, mais justifie son choix : «La réforme envisagée de la fiscalité locale, notamment celle de la taxe  nombreuses et graves incertitudes sur la gestion des collectivités territoriales. Nous avons donc choisi de geler les travaux».

Mais plus que l’argument économique, les associations écologistes locales accusent la région et la ville de privilégier la construction de la rocade Nord, déjà évoquée sous l’ère Carignon… « Michel Destot, le maire de la ville, privilégie les grands bâtiments… Par contre, quand il s’agit d’assurer la sécurité des Grenoblois, c’est beaucoup plus compliqué. Car dans son esprit, une digue, ce n’est pas spectaculaire ! » assène Vincent Comparat, de l’Ades (Association Démocratie Ecologie Solidarité), proche des Verts. A l’opposé de cette position tranchée, la perspective d’une crue mal maîtrisée ne mobilise pas vraiment les riverains. Selon Sébastien Gominet, de l’Irma (l’Institut des risques majeurs), «les gens ne s’intéressent aux crues qu’en cas de catastrophe, car le sujet n’est pas une préoccupation première. Par exemple, les réunions publiques organisées n’attirent pas grand monde, et les communes n’informent pas assez régulièrement leurs habitants». Pourtant, les Isérois ne sont pas à l’abri de crues.

Des crues abondantes dans la région

Par le passé, les colères de l’Isère ou de la Romanche ont inondé Grenoble et le Grésivaudan à plusieurs reprises (voir encadré). Le projet Isère Amont prévoit justement de protéger les zones habitées des inondations, en misant a minima sur un renforcement des digues et un aménagement perfectionné des berges. Mais en cas de crue trentennale ou plus intense, les terres agricoles serviraient de déversoir, appelés « champs d’inondation contrôlés ». Pour le moment, ces projets extra-urbains ne sont pas remis en cause par le gel des travaux, d’autant que le remboursement des agriculteurs touchés par d’éventuelles inondations vient d’être voté par le Conseil Général et le Symbhi. Mais en ce qui concerne le tronçon entre Saint-Ismier et La Tronche, rien de certain. Si ce n’est que Grenoble et ses environs restent à la merci des colères de l’Isère.

Pierre Laurent