Débâcle des Bleus : à qui la faute ?

Publié: 17 juin 2010 dans Chronique, Sport
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A l’issue du désolant France-Mexique, conclu sur le score de 0-2, les Bleus semblent infiniment plus prêts de l’élimination que d’une qualification. La faute à deux erreurs en défense, fatales conséquences d’une organisation collective défaillante.

Frank Ribéry, préféré à Yohan Gourcuff, est à terre. Il n'a jamais pesé sur le jeu français.

Une phrase, à chaud, semble résumer la « qualité », si l’on peut dire, de la prestation française. Celle de Florent Malouda, un des rares Bleus à aller au pressing ce soir : «Il faut sauver notre honneur parce que c’est honteux de perdre comme ça. Quoi qu’il arrive, on ne peut pas sortir de la compétition sans gagner un match.» S’il n’est pas honteux, en soi, de perdre face à un Mexique solide collectivement, l’équipe de France tend le dos à la vindicte nationale, tant son manque d’implication et de rigueur a sauté aux yeux. Le pressing ? Quasi inexistant. Le bloc équipe ? Poreux à souhait. L’état d’esprit ? Lamentable. Ni les courses nonchalantes d’un crispant Nicolas Anelka, ni le placement aléatoire d’Eric Abidal n’ont permis aux Bleus d’inverser la tendance. Mais faut-il blâmer le seul arrière gauche du FC Barcelone, défaillant sur les deux buts mexicains ? Ce serait injuste. Car personne dans ce groupe n’a semblé capable d’insuffler une grinta à même de combler les manques récurrents de cette équipe bancale depuis la fin de l’Euro 2008.

Privé d’un axe fort, le bateau a fini par sombrer

La coupe du Monde 2006, dont on connaît l’amère issue, avait vu les Bleus monter en puissance et tenir bon en poules le temps d’une rude préparation physique, qui avait fini par porter ses fruits à partir des huitièmes de finale. Contre la Corée du Sud et la Suisse, au delà des approximations arbitrales, les Thuram, Makelele, Vieira, Zidane et Henry avaient guidé le collectif et permis à l’équipe de rester solide, en attendant que les jambes reviennent. Cette solidité, justement, a terriblement manqué contre l’Uruguay et surtout ce soir, contre le Mexique. Raymond Domenech et ses joueurs pourront bien évoquer la situation en altitude du stade de Polokwane (1300m) et soutenir que les Mexicains sont habitués à évoluer dans ces conditions, mais les lacunes tactiques et morales de ce groupe n’ont probablement rien à voir avec l’oxygénation du sang. Décisives ce soir, les deux erreurs de placement d’Eric Abidal étaient malheureusement prévisibles : à Lille, à Lyon comme à Barcelone ou lors de l’Euro 2008, le Guadeloupéen n’a jamais été un stoppeur naturel. Certes sa vitesse est utile pour « rattraper les coups », mais son coup de rein ne peut à lui seul compenser ses sautes de concentration, et son manque d’intelligence situationnelle. Il manque à Abidal, latéral dans l’âme, ce qui faisait la force des Laurent Blanc, Maurice Janvion ou Maxime Bossis : le placement. Son voisin de charnière, William Gallas, aurait pu combler ces manques. Mais il n’a jamais été un leader de défense. D’ailleurs, comme un symbole, l’Antillais a joué ses meilleurs matchs en club comme en sélection, aux côtés de stoppeurs tactiques  comme Ricardo Carvahlo ou John Terry à Chelsea, ou encore Lilian Thuram en équipe de France.

Un manque de repères et d’envie criant

Le maintien de Govou à droite et d’Anelka devant semblent aussi tout contestables, mais Raymond Domenech a surtout eu le tort de balloter son équipe, en changeant d’organisation collective régulièrement. En l’espace d’une petite vingtaine de rencontres, le sélectionneur n’a pas stabilisé son groupe, et ne lui a jamais donné une direction tactique évidente. Aussi, pour comprendre le placement approximatif des Bleus depuis plusieurs rencontres, il faut évoquer la litanie de systèmes expérimentés depuis la fin de l’Euro 2008. Choix premier à l’issue de la compétition continentale, le 442 était bâti pour jouer au ballon, et a vite été supplanté par un 4231 façon Mondial 2006, après l’éclosion du meneur axial « à la Zidane », Yohan Gourcuff. A quelques encablures du Mondial, Raymond Domenech a ensuite tenté d’installer le 433 en raison de la méforme du meneur bordelais. Ce système aperçu en préparation contre le Costa Rica, la Chine ou la Tunisie était assez prometteur offensivement. Mais les Bleus auraient eu besoin d’une dizaine de rencontres pour trouver leurs repères. Laurent Blanc à Bordeaux et Josep Guardiola à Barcelone avaient, eux, choisi de ne pas œuvrer dans la précipitation… Sentant le doute de son groupe, le sélectionneur a bien tenté de revenir à l’organisation des Bleus lors du Mondial 2006, à savoir un bloc solide protégé par deux milieux défensifs dont un relayeur, mais ce système n’a de sens que si l’équipe excelle dans le placement défensif : on ne peut jouer le contre qu’à la faveur d’une organisation axiale irréprochable. Du gardien jusqu’à l’avant-centre. Or, hormis Lloris et Toulalan, tout l’axe de l’équipe a balbutié, d’Anelka à Gallas. Et le replacement dans l’urgence et sur commande des cadres du groupe, de Ribéry à un poste de meneur qui n’est pas le sien, n’a pu tout changer… Une chose est certaine : pour se qualifier, les Bleus devront battre l’Afrique du Sud tout en espérant qu’il y ait un vainqueur entre l’Uruguay et le Mexique. Leur qualification, toujours possible, ne tient plus qu’à un fil. Mais le peuvent-ils vraiment ? Le souhaitent-ils vraiment ?

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