Archives de la catégorie ‘Chronique’

Anelka devrait quitter l'équipe de France / DR

Limités face à l’Uruguay, défaits après le Mexique puis grotesques à la Une des médias, les Bleus ont montré un autre visage contre l’Afrique du Sud : celui de la déveine. L’équipe de France a connu hier un match catastrophique, perdu au final 2-1, un score qui ne reflète pas la domination évidente des Bafana Bafana. Bien sûr, l’expulsion grotesque de Gourcuff rappelle cruellement le destin des relégués à qui ne rien ne sourit, entre mauvais choix, absence de réussite et arbitrage défectueux. Évoluer à dix a évidemment contrarié les desseins français, tout comme le manque de vécu commun et de compétition des Squillaci, Cissé, Gignac ou Clichy, alignés hier. Mais Raymond Domenech et ses joueurs ne pourront pas se plaindre : la préparation calamiteuse, si moquée par les différents observateurs de la planète football, semblait augurer d’un tel résultat.

Trois éliminations au premier tour depuis 2002

Pourtant, il semblait difficile de faire pire qu’en 2002, où la France avait perdu deux rencontres, concédé trois buts, sans jamais nettoyer les lucarnes adverses. En huit ans, l’équipe fanion du football hexagonal aura connu trois éliminations au premier tour, mais ce Mondial sud-africain restera, plus que tout autre échec marquant, le symbole d’une faillite fédérale : la Fédération s’est incontestablement trompée en choisissant Raymond Domenech, l’homme de la discorde ; le Catalan s’est, lui, trompé en pratiquant un management conflictuel, alors qu’il aurait été plus habile d’arrondir les angles ; enfin, les joueurs ont trompé leur pays en doublant leurs lacunes sportives d’une arrogance nauséabonde. Il faudra bien du temps pour passer à autre chose et le pays se rappellera, même dans vingt ou trente ans, du comportement grotesque de ces Bleus, sur le terrain et en dehors.

Une nécessaire reconstruction

Mais la violence de l’échec permettra au moins à Laurent Blanc, le prochain sélectionneur, de repartir de zéro. Le chantier s’annonce immense, même si la Maison Bleue a du potentiel. Un potentiel entrevu lors de ce Mondial, notamment chez les -plus ou moins- jeunes : Lloris, Diaby, Toulalan, Malouda ont évolué à leur niveau, même si Diaby n’est pas encore installé dans cette équipe, faute de vécu sous le maillot tricolore. Laurent Blanc devrait pouvoir compter sur eux, en vue du prochain Euro, qui se profile, déjà, à l’horizon 2012. Pour le reste, de nombreux trentenaires risquent de mettre fin à leur carrière internationale : Henry, Govou, Anelka, Gallas, Abidal, pour ne citer qu’eux. Ces « cadres » au leadership surcoté devront être remplacés, mais des joueurs prometteurs frappent à la porte : Rami, Ciani, Trémoulinas, Gameiro, Kaboul, Briand, Cissokho, Corchia… Préparer l’avenir demande du temps, et Laurent Blanc n’y coupera pas : il devra bâtir et faire preuve de cohérence, ce que Domenech n’a jamais fait depuis le début des qualifications pour l’Euro 2008. Dans un premier temps, le sélectionneur cévenol pourra, à sa guise, s’appuyer sur le potentiel intact des Ribéry ou Evra, les meneurs contestés de la fronde après l’exclusion méritée de Nicolas Anelka. Mais il leur demandera, avant tout, une implication de tous les instants, la même grinta qui a tant manqué à ces Bleus durant le Mondial. Aussi, Laurent Blanc devra avant tout rompre les clans qui minent sa sélection : incontestable à Bordeaux, son autorité naturelle devra se confirmer sous le costume de sélectionneur national. En attendant, il lui faudra faire un état des lieux du groupe « France ». A lui de choisir, avec lucidité, les joueurs capables d’évoluer ensemble.

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A l’issue du désolant France-Mexique, conclu sur le score de 0-2, les Bleus semblent infiniment plus prêts de l’élimination que d’une qualification. La faute à deux erreurs en défense, fatales conséquences d’une organisation collective défaillante.

Frank Ribéry, préféré à Yohan Gourcuff, est à terre. Il n'a jamais pesé sur le jeu français.

Une phrase, à chaud, semble résumer la « qualité », si l’on peut dire, de la prestation française. Celle de Florent Malouda, un des rares Bleus à aller au pressing ce soir : «Il faut sauver notre honneur parce que c’est honteux de perdre comme ça. Quoi qu’il arrive, on ne peut pas sortir de la compétition sans gagner un match.» S’il n’est pas honteux, en soi, de perdre face à un Mexique solide collectivement, l’équipe de France tend le dos à la vindicte nationale, tant son manque d’implication et de rigueur a sauté aux yeux. Le pressing ? Quasi inexistant. Le bloc équipe ? Poreux à souhait. L’état d’esprit ? Lamentable. Ni les courses nonchalantes d’un crispant Nicolas Anelka, ni le placement aléatoire d’Eric Abidal n’ont permis aux Bleus d’inverser la tendance. Mais faut-il blâmer le seul arrière gauche du FC Barcelone, défaillant sur les deux buts mexicains ? Ce serait injuste. Car personne dans ce groupe n’a semblé capable d’insuffler une grinta à même de combler les manques récurrents de cette équipe bancale depuis la fin de l’Euro 2008.

Privé d’un axe fort, le bateau a fini par sombrer

La coupe du Monde 2006, dont on connaît l’amère issue, avait vu les Bleus monter en puissance et tenir bon en poules le temps d’une rude préparation physique, qui avait fini par porter ses fruits à partir des huitièmes de finale. Contre la Corée du Sud et la Suisse, au delà des approximations arbitrales, les Thuram, Makelele, Vieira, Zidane et Henry avaient guidé le collectif et permis à l’équipe de rester solide, en attendant que les jambes reviennent. Cette solidité, justement, a terriblement manqué contre l’Uruguay et surtout ce soir, contre le Mexique. Raymond Domenech et ses joueurs pourront bien évoquer la situation en altitude du stade de Polokwane (1300m) et soutenir que les Mexicains sont habitués à évoluer dans ces conditions, mais les lacunes tactiques et morales de ce groupe n’ont probablement rien à voir avec l’oxygénation du sang. Décisives ce soir, les deux erreurs de placement d’Eric Abidal étaient malheureusement prévisibles : à Lille, à Lyon comme à Barcelone ou lors de l’Euro 2008, le Guadeloupéen n’a jamais été un stoppeur naturel. Certes sa vitesse est utile pour « rattraper les coups », mais son coup de rein ne peut à lui seul compenser ses sautes de concentration, et son manque d’intelligence situationnelle. Il manque à Abidal, latéral dans l’âme, ce qui faisait la force des Laurent Blanc, Maurice Janvion ou Maxime Bossis : le placement. Son voisin de charnière, William Gallas, aurait pu combler ces manques. Mais il n’a jamais été un leader de défense. D’ailleurs, comme un symbole, l’Antillais a joué ses meilleurs matchs en club comme en sélection, aux côtés de stoppeurs tactiques  comme Ricardo Carvahlo ou John Terry à Chelsea, ou encore Lilian Thuram en équipe de France.

Un manque de repères et d’envie criant

Le maintien de Govou à droite et d’Anelka devant semblent aussi tout contestables, mais Raymond Domenech a surtout eu le tort de balloter son équipe, en changeant d’organisation collective régulièrement. En l’espace d’une petite vingtaine de rencontres, le sélectionneur n’a pas stabilisé son groupe, et ne lui a jamais donné une direction tactique évidente. Aussi, pour comprendre le placement approximatif des Bleus depuis plusieurs rencontres, il faut évoquer la litanie de systèmes expérimentés depuis la fin de l’Euro 2008. Choix premier à l’issue de la compétition continentale, le 442 était bâti pour jouer au ballon, et a vite été supplanté par un 4231 façon Mondial 2006, après l’éclosion du meneur axial « à la Zidane », Yohan Gourcuff. A quelques encablures du Mondial, Raymond Domenech a ensuite tenté d’installer le 433 en raison de la méforme du meneur bordelais. Ce système aperçu en préparation contre le Costa Rica, la Chine ou la Tunisie était assez prometteur offensivement. Mais les Bleus auraient eu besoin d’une dizaine de rencontres pour trouver leurs repères. Laurent Blanc à Bordeaux et Josep Guardiola à Barcelone avaient, eux, choisi de ne pas œuvrer dans la précipitation… Sentant le doute de son groupe, le sélectionneur a bien tenté de revenir à l’organisation des Bleus lors du Mondial 2006, à savoir un bloc solide protégé par deux milieux défensifs dont un relayeur, mais ce système n’a de sens que si l’équipe excelle dans le placement défensif : on ne peut jouer le contre qu’à la faveur d’une organisation axiale irréprochable. Du gardien jusqu’à l’avant-centre. Or, hormis Lloris et Toulalan, tout l’axe de l’équipe a balbutié, d’Anelka à Gallas. Et le replacement dans l’urgence et sur commande des cadres du groupe, de Ribéry à un poste de meneur qui n’est pas le sien, n’a pu tout changer… Une chose est certaine : pour se qualifier, les Bleus devront battre l’Afrique du Sud tout en espérant qu’il y ait un vainqueur entre l’Uruguay et le Mexique. Leur qualification, toujours possible, ne tient plus qu’à un fil. Mais le peuvent-ils vraiment ? Le souhaitent-ils vraiment ?

|Lyon et Lisandro ont été largement dominés / DR

Incapable d’emballer sa demi-finale retour de la Ligue des Champions, l’Olympique Lyonnais a confirmé ses lacunes techniques contre un Bayern Munich de retour au plus haut niveau européen.

Le football de haut niveau se joue sur des détails, et Lyon l’a appris ce soir à ses dépens contre un Bayern Munich expérimenté. Le Graal des Gones, la finale, s’est évanoui dès la 26ème minute, lorsque Olic a profité d’un bon travail du créateur Thomas Müller pour placer l’OL à trois buts de la finale. Le score final de 2-0 (4-0 sur les deux rencontres) semble dur au vu de l’expulsion injustifiée de Cris à la 60ème, mais correspond finalement à l’écart technique et tactique entre les deux équipes. Outre-Rhin comme dans le Rhône, le club bavarois a étalé sa maîtrise tactique, brillamment cornaqué par Louis Van Gaal, l’ancien mentor de José Mourinho au FC Barcelone.

Un Munich caméléon

Comme à ses plus belles heures, le Bayern Munich a donné l’impression de jouer à sa main, et d’adopter à l’aller comme au retour, la tactique adéquate. Plus frais physiquement en Bavière, le club allemand avait su faire tourner le ballon pour épuiser un Olympique Lyonnais fatigué par son match à Bordeaux et un trajet interminable de 1500kms. Au retour, changement habile de cap. Sûrs de leur avance d’un petit but, Van Bommel et ses coéquipiers ont opté d’entrée pour un jeu en contre-attaque, guettant la moindre erreur d’un Lyon qui devait faire le jeu pour entrevoir la finale. Une tactique gagnante, car la défense lyonnaise n’a jamais été à l’abri d’un contre et de la vitesse des Olic, Robben et Müller. Mais limiter le jeu allemand à un catenaccio opportuniste serait réducteur à bien des points, tant ce Bayern, joueur, a su doubler sa rigueur retrouvée d’un bel allant offensif, malgré l’absence de Franck Ribéry, suspendu après son expulsion du match aller.

OL : un milieu un peu court

De son côté, le toujours ambitieux OL gardera un souvenir amer de cette demi-finale, après un parcours aux allures d’épopée marqué par une grande victoire à Liverpool, et surtout, l’élimination du Real Madrid, une première en match aller-retour pour le club français contre un grand d’Europe. Mais les épopées, faites de rêves et parfois de chimères, connaissent trop souvent une fin abrupte comme le Monaco de 2004 contre Porto en finale. Avant le début de la compétition, Jean-Michel Aulas espérait atteindre le dernier carré. C’est chose faite. L’objectif de la saison a été atteint, et Lyon semble avoir repris, à grand pas, sa progression sur la scène européenne, après des éliminations successives en huitième de finale depuis 2007. Pour viser plus haut, Claude Puel et ses joueurs devront garder la même pugnacité, mais la doubler d’une tout autre présence offensive.

L’ombre de Juninho

Trop souvent dans cette compétition, Lisandro Lopez, Michel Bastos ou Miralem Pjanic se sont égarés dans des tâches de l’ombre, faute d’un milieu de terrain plus doué avec le ballon, plus porté vers l’avant. Il manque indéniablement un Gerrard à cette équipe, un Schweinsteiger, un Xavi. Un Juninho aussi, dont le départ n’a pas encore été comblé par l’émergence de Pjanic. Contre Liverpool, le Real Madrid et Bordeaux, la folle combativité lyonnaise, incarnée par Delgado, Toulalan ou Lloris, avait fini par prendre le dessus sur le talent adverse. Au physique, au mental, à la grinta. Ce soir, cela n’a pas suffi face à une équipe allemande décisive dans les deux surfaces, et assez vernie après les deux expulsions très sévères de Toulalan et Cris lors des deux confrontations. Au delà des approximations arbitrales, l’adage est certes daté, mais n’a rien perdu de sa force : les grands clubs ne meurent jamais. Le Bayern, quatre Coupes d’Europe des Champions, une Coupe d’Europe des Coupes et une Coupe UEFA au palmarès, appartient sans doute à cette caste. Il est désormais à 90 minutes d’une cinquième coupe aux grandes oreilles.

Pierre Laurent

Peu convaincante sportivement, sifflée à domicile, l’équipe de France de football est désormais… moquée par une frange grandissante de ses supporters suite à l’affaire de prostitution qui pourrait concerner trois de ses joueurs : Sidney Govou, Franck Ribéry et désormais, Karim Benzema. A l’approche de la coupe du Monde, est-ce un coup dur pour les Bleus ou une occasion de se souder ?

Zahia Dehar, sur Facebook

C’est un buzz dont ils se seraient bien passés. Sur la sellette dans leurs clubs respectifs, Sidney Govou, Franck Ribéry et Karim Benzema font la Une des tabloïds européens pour une supposée affaire de prostitution. Une prostituée de 18 ans, Zahia Dehar,a indiqué avoir eu des relations sexuelles tarifées avec les trois joueurs. Karim Benzema devrait être prochainement auditionné, car il aurait eu des rapports avec la jeune femme alors qu’elle n’avait que 16 ans. Sa situation est la plus inquiétante, la sollicitation de relations sexuelles avec une mineure étant passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende. Réseau de prostitution ou non, ce rebondissement pose surtout la question de l’état mental des joueurs français alors que la coupe du Monde approche à grands pas. Face à ce genre de scandales, un  groupe peut avoir deux réactions : soit il explose et toute performance est impossible en Afrique du Sud, soit il se soude comme l’ont fait les Italiens avant le Mondial 2006, après une affaire de matchs truqués concernant entre autres, la Juventus de Turin ou le Milan AC. La réaction du groupe va prendre une grande importance, car le sélectionneur Raymond Domenech ne semble pas en mesure de chapeauter des joueurs qui le contestent, y compris sur la place publique.

Une difficulté à dépasser… ensemble

Quand la Fédération est distante, quand l’entraîneur ne semble plus à la hauteur, les joueurs doivent, seuls, se prendre en main. Dans le domaine sportif, il se dit souvent que les difficultés dévoilent les caractères… quand une équipe en dispose. Dans cette équipe de France, qui semble prêt à ne pas tourner le dos à la tempête ? Les plus expérimentés probablement, comme Thierry Henry ou William Gallas. Dans la génération « intermédiaire » des 23-30 ans, seuls Patrice Evra et Jérémy Toulalan semblent être capables de jouer les paratonnerres : on voit mal les discrets Sagna, Gourcuff  ou Malouda prendre la parole au nom du groupe. L’arme est classique car prendre sur soi pour protéger ses joueurs, d’autres l’ont fait par le passé : Jean-Michel Aulas puis Claude Puel à l’Olympique Lyonnais, Josep Guardiola au FC Barcelone et… le « clan des anciens » avant le Mondial 2006 : Zidane, Thuram, Vieira, Makelele, Sagnol… Ces présences charismatiques avaient permis à d’autres, comme Malouda, Ribéry de s’épanouir et de ne penser qu’au terrain. Les supporters français signeraient bien pour le scénario le plus favorable, mais sur le plan mental, la sélection française semble moins solide que ses devancières pour résister à la vague médiatique…

Pierre Laurent

Deux visages. Ce soir, en huitième de finale retour de la Ligue des Champions, l’OL a alterné le pire et le meilleur contre le Real Madrid mais l’essentiel est acquis : Lyon sera à nouveau en quart de finale de la compétition après quatre années d’insuccès précoces contre l’As Rome, Manchester ou le FC Barcelone. Et cette qualification est incontestablement méritée.

Ronaldo, le Madrilène le plus dangereux / Reuters

L’année dernière à Barcelone (2-5), l’OL avait encaissé un but d’entrée et ne s’en était jamais remis, tiraillé entre l’envie de repartir de l’avant et la crainte des rapides contre-attaques adverses. Un danger équivalent se devinait mercredi soir d’autant que Lyon pouvait vouloir se reposer sur le maigre matelas du match aller, remporté 1-0. Et le scénario attendu se confirmait : Madrid mordait dans chaque ballon avec hargne et faisait reculer des Gones, battus dans les duels et évoluant bas, trop bas. A ce rythme, Lyon céda rapidement sur un but de Ronaldo, et faillit encaisser un deuxième but espagnol sur une frappe ou une tête d’Higuain, et semblait bien plus proche de l’élimination que des cages d’un Iker Casillas au chômage forcé.

Mais Madrid, ultra-dominateur, n’a pas su tuer le match, faute de réussite, faute aussi d’une certaine nonchalance à l’approche des buts d’Hugo Lloris. A 1-0 à la mi-temps, Lyon n’était pas éliminé et conservait toutes ses chances à condition de tenir la balle, de ne pas subir et de « tester » la défense espagnole, jamais prise en défaut jusque là.

Un scénario catastrophe à la mi-temps

A la reprise, la suite de la rencontre s’annonçait compliquée avec les sorties sur blessure de Makoun et Boumsong, remplacés par un Kim Kallström en manque de confiance depuis un moment et un Gonalons a priori un peu vert. Mais comme à Liverpool, les deux joueurs ont comblé à merveille les lacunes du bloc équipe, trop prudent jusque là. Gonalons, bien en jambes et agressif, a fait mieux que le Camerounais dans le jeu. Mieux encore, l’international suédois a su se muer en premier relanceur et organiser le jeu, alors que Pjanic semblait particulièrement inhibé. Plus solides derrière avec l’entrée en jeu de Toulalan, les Lyonnais ont surtout réussi à accompagner leurs attaquants avec un Pjanic évoluant plus haut, et donc plus dans son registre. En quelques minutes, dominé dans les duels et poreux au milieu, le Real Madrid est retombé dans ses torts, ceux d’une équipe au potentiel offensif effarant, mais au collectif d’argile…

L’OL a changé le cours du match

Les visiteurs, dominés lors des quarante-cinq premières minutes, semblaient avoir trouvé la clé du jeu madrilène. Après plusieurs tentatives avortées de peu -Delgado de la tête à la 49ème, Lisandro du coup du pied à la 55ème-, l’OL égalisa par Pjanic au terme d’une action collective bien huilée. A 1-1, en vertu du but inscrit à l’extérieur, Madrid allait devoir marquer au moins deux fois pour se qualifier. Mais ni Ronaldo, Kaka, Van der Vaart ou Higuain n’ont su s’extraire de l’efficace toile d’araignée lyonnaise. Le score aurait même pu enfler en fin de match, si Lisandro puis Delgado avaient cadré leurs tentatives… Lyon, souvent critiqué depuis le début de saison, voire moqué pour ses difficultés à battre un « grand d’Europe » en match aller-retour, tient son exploit. Moins brillants que la bande à Essien, Diarra ou Juninho, ces Gones étonnent par leur capacité à bien finir les matchs. Et leur domination tactique sur les 180 minutes est prometteuse.

Pierre Laurent

Amorphe et besogneux en ligue 1, l’Olympique Lyonnais a enfin montré son meilleur visage en Ligue des Champions, à l’occasion de sa victoire 1-0 en huitième de finale aller contre le Real Madrid. Il faudra confirmer au stade Santiago Bernabeu le 10 mars car les stars merengue auront à cœur de se reprendre. Les Gones peuvent-ils le faire ? Analyse.

Le but victorieux de Makoun – Philippe Merle/AFP/Getty Images

Ils voulaient faire bloc, défendre en équipe et attaquer à 11. Mission réussie. Comme à ses plus belles heures, Lyon a retrouvé sa verve collective au bon moment en s’imposant logiquement 1-0 contre un Real Madrid sans génie, laxiste et au jeu trop axial. Pourtant, depuis de longs mois, le septuple champion de France semblait plafonner en championnat, à l’exception d’une brillante deuxième mi-temps à Lorient. Ses maux récurrents ? Une incapacité à être compact, et un certain déficit technique. Pire, Lyon affichait le visage d’une équipe coupée en deux, en ligue 1 comme en coupes nationales : l’axe Cris – Boumsong, pataud, et le milieu, sans repères, n’accompagnaient pas assez les joueurs offensifs, devenus esseulés.

Indispensables

Ce mardi, le temps d’un match, l’équipe de Claude Puel a retrouvé un certain liant collectif, devant comme derrière. Le seul retour de Jérémy Toulalan au poste de milieu défensif, pas encore au top de sa forme, ne peut suffire à expliquer la métamorphose. Bien sûr, l’ancien Nantais a récupéré de nombreux ballons et a su canaliser la fougue de Ronaldo et Kaka, d’ailleurs passé à gauche en deuxième mi-temps. Mais surtout, Lyon a su redonner sa chance à Govou et Delgado, feux follets en attaque et chiens de garde en défense. En défense, les deux milieux ont bien bloqué les couloirs, contraignant le Real à passer dans l’axe, là où Kaka, Ronaldo et Higuain se sont marchés sur les pieds. Mieux, en attaque, les deux revenants ont su jouer entre les lignes et tenir intelligemment le ballon.

Vital en Ligue des Champions. Car tout entraîneur le dira : la réussite d’une équipe dépend de sa capacité à maîtriser le rythme d’une partie. Ainsi, bien défendre est important mais conserver le ballon à sa récupération est essentiel pour se protéger de l’équipe adverse. A vite perdre le ballon, le Lyon niveau ligue1 aurait fini par plier face aux accélérations désordonnées mais dangereuses des attaquants madrilènes. Ce soir, l’OL a su ne pas le rendre trop vite  et  jouer intelligemment dans les espaces, grâce à une grande disponibilité de ses attaquants. Derrière cette mobilité retrouvée se dessine peut-être aussi une certaine montée en puissance physique, après un hiver très éprouvant… Mais il faudra se méfier du Real Madrid au retour.

Ils ne pourront pas faire pire

En effet, le club merengue a livré ce soir une prestation très décevante et voudra se rattraper devant le public de Santiago Bernabeu, d’autant plus exigeant que le recrutement a été royal l’été dernier. Fébriles derrière, poreux au milieu et suffisants devant, les Madrilènes n’ont pas su enfiler le bleu de chauffe, même lorsqu’ils ont compris que la vista de Ronaldo, Kaka et Higuain ne suffirait pas. Pire, les joueurs de Manuel Pellegrini ont toujours semblé plus proches du 0-2 que du 1-1, faute de patience dans la construction et d’un replacement défensif efficace… Seule la fin de match pourra leur laisser des regrets. La fatigue aidant, les vives accélérations de Kaka sur l’aile gauche ont parfois mis en difficulté Réveillère et montré que le jeu espagnol gagnerait à être moins axial. Sur sa large pelouse de Bernabeu, le Real Madrid verra là des raisons de varier son jeu et d’espérer, mais cela pourrait ouvrir des espaces à Lisandro, Govou et Delgado, assez tranchants ce soir. Or, tout but lyonnais au retour obligerait Madrid à marquer trois fois pour se qualifier… De quoi aborder le match retour avec optimisme, à condition de jouer sans le frein à main.

Pierre Minacz

« Alors que de nombreux pays du monde, dont la France, sont engagés en Afghanistan, qui pourrait comprendre que des Afghans dans la force de l’âge n’assument pas leur devoir, et échappent à la formation que, notamment les forces françaises, leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays?» Habituel porte-parole porte-flingue de l’UMP, Frédéric Lefebvre n’a surpris personne lors de sa dernière sortie remarquée sur la dizaine d’Afghans prochainement expulsés vers Kaboul. Un homme politique capable de comparer les sites de streaming à des « dealers »ne voit pas pourquoi la France ne le ferait pas». Lundi, le ministre de l’Immigration Eric Besson avait rappelé que les déboutés définitifs du droit d’asile avaient vocation a être expulsés «même en Afghanistan». peut bien justifier le renvoi en charters d’étrangers au motif de la défense de leur pays… Non, la vraie surprise vient du secrétaire général de l’Elysée, habituellement en retrait sur ces dossiers. Emboîtant le pas du Royaume-Uni, qui procède chaque année à l’expulsion de plus d’un millier d’Afghans avec l’accord de la commission européenne des Droits de l’Homme, Claude Guéant « ne voit pas pourquoi la France ne le ferait pas». Lundi, le ministre de l’Immigration Eric Besson avait rappelé que les déboutés définitifs du droit d’asile avaient vocation a être expulsés «même en Afghanistan».

La justice tonne

Dans une République, la fermeté prévaut tant qu’elle s’adosse au respect de la loi. Et là, le bât blesse. Selon le droit international, la décision d’une expulsion résulte d’un accord commun : le pays d’origine, vers lequel le sans-papiers aspire à être expulsé, doit émettre un laisser-passer, avant toute reconduction. Comment la France s’est donc retrouvée, selon le  juge de la cour d’appel de Douai,  à « fournir un laissez-passer unilatéral français ou européen dont l’existence est dénuée de toute base légale et juridique » ? Pris la main dans le sac par la justice, le gouvernement ne pourra pas, pour une fois, appeler à la conspiration de gauche ou aux influences subjectives de la Cimade. De son côté, l’Afghanistan ne devrait pas s’opposer bien longtemps à cette décision française. Minée par la corruption, fragilisée de l’intérieur par l’influence renaissante des talibans, Kaboul a bien d’autres chats à fouetter que le retour d’une dizaine d’exilés.

Présidentielle 2012 : l’argument charter

Paradoxalement, l’inquiétude vient de France. Eric Besson, le ministre de l’Immigration, dit assumer une « politique d’humanité et de fermeté« . « L’humanité » prêterait à la rigolade, si la sécurité des exilés afghans n’inquiétait pas. L’appel à la « fermeté« , par contre, me rend fou. Avec un tel déni des lois internationales, le gouvernement français montre qu’il respecte les textes tant qu’ils ne vont pas à l’encontre de son empressement statistique. Je persiste à croire qu’il y aurait probablement moins d’expulsions si la politique du chiffre ne servait pas la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy. Car expulser 30000 sans-papiers, possibles travailleurs exploités, coûte de l’argent, et l’économie de bout de chandelle réalisée par leur départ ne compense sûrement pas les billets d’avion longue distance, même en classe économique… C’est triste, les médias se répètent, mais j’assume : accuser ce gouvernement de racisme serait un fieffé mensonge et une analyse bien simpliste, au delà des phrases nauséabondes de certains de ses membres. Non, son ambition aux élections régionales motive son choix.

Le bras à droite, le regard à gauche

A la droite de la droite, nationaliser l’air du temps tue le FN dans son œuf, et le laisser dans sa chrysalide devrait permettre à l’UMP d’éviter certaines triangulaires, contrairement aux élections régionales de 2004. Reste la menace du PS, qui dirige 20 régions sur 22. Dite souffrante, fragile et moribonde, la gauche se recroqueville sur son trésor de guerre. Bien lui en prend : elle devra le préserver si elle veut garder une chance de l’emporter lors des présidentielles de 2012.  Mais pour Nicolas Sarkozy, c’est l’heure de la Reconquista des conseils généraux. En grand fauve politique, il sait trop bien que le PS, même exsangue, commence à se remobiliser derrière la figure crédible de Martine Aubry. A sa charge de lui porter le coup de grâce, dont la méthode semble déjà arrêtée. Axant sa campagne sur les thèmes classiques de l’immigration, de l’identité nationale et de la sécurité, l’UMP reprend ce qui lui a souri lors des dernières élections présidentielles : c’est en s’assurant de sa droite qu’elle l’avait emporté. Libre à elle. Mais un peu plus d’élégance et de tact n’auraient pas été superflus. Et une poignée d’Afghans n’y auraient rien changé.

Pierre Laurent

Le gardien du PSG s’est fracturé la cheville gauche lors de la rencontre opposant le club de la capitale à Auxerre (victoire de Paris 1 à 0). Opéré samedi soir, l’ex-international de 36 ans est indisponible pour au moins 3 mois. De là à tirer sa révérence ?

Grégory Coupet, à terre / Le Post / DR

83ème minute. Une balle anodine consécutive à une attaque auxeroise semble filer en corner. Volontaire, le gardien parisien Grégory Coupet tente de dégager le ballon avant qu’il ne franchisse la ligne. Au sprint. En bout de course, il va au bout de son action et tacle. Mais pris dans son élan, l’ancien  joueur de l’OL ne peut rien faire quand son pied gauche se coince dans la pelouse. En porte-à-faux, sa cheville lâche et se brise. Coupet, pourtant dur au mal, se tord de douleur. Placé sur un brancard, il est immédiatement remplacé par son second, l’Arménien Apoula Edel, déjà aperçu en coupe nationales. Dimanche, le PSG communiquera dimanche sur la durée de l’indisponibilité de son joueur, mais la nature de la blessure laisse penser qu’il pourrait ne plus fouler une pelouse d’ici à la fin de la saison.

Un leader respecté

Le coup est dur pour le club de la capitale, qui comptait beaucoup sur l’expérience de l’ex-international. Solide sur le terrain, Grégory Coupet s’était naturellement imposé comme un leader de vestiaire lors de son arrivée l’été dernier après une saison quasi-blanche à l’Athlético Madrid. Mais son remplaçant, Edel, a déjà montré en coupes nationales que l’on pouvait compter sur lui. Âgé de 23 ans, il aura tout à prouver et ne pourra plus se retrancher dans l’ombre du titulaire. A lui de s’imposer… ou de composer avec une recrue lors du prochain Mercato hivernal, s’il ne donnait pas satisfaction à l’entraîneur, Antoine Kombouaré.

Il devra cravacher pour revenir

De son côté, Grégory Coupet devra se remettre de sa blessure et une fois guéri, travailler dur pour retrouver son meilleur niveau. Cette situation ne lui est d’ailleurs pas étrangère. En août 2007, alors qu’il évoluait à Lyon, le gardien avait été victime d’une rupture des ligaments croisés à un genou. A force d’acharnement, il avait repris sa place dans l’effectif lyonnais, après de nombreuses complications. Mais son retour dans les cages rhodaniennes fut assez poussif. Et son Euro 2008 décevant, à la suite de cette préparation dans l’urgence. De l’aveu de certains observateurs, Grégory Coupet n’a jamais retrouvé son niveau de 2006, lorsqu’il postulait ouvertement à une place de titulaire en équipe de France en vue du Mondial allemand.

Une question de motivation

La blessure de Coupet inquiète mais son retour dépendra essentiellement de sa capacité à travailler dur. En effet, plus le temps passe, plus il est difficile pour un sportif de haut niveau de retrouver son niveau. Avec l’immobilisation d’une jambe, la fonte musculaire est conséquente et il faut du temps pour retrouver endurance, force et explosivité. Et cette durée de reprise a tendance à s’allonger, à mesure que le sportif prend de l’âge. Ainsi, par le passé, de nombreux sportifs ont perdu patience devant l’ampleur de la tâche ou la peur de ne plus prétendre à leur niveau passé. Ce fut notamment le cas du skieur Jean-Luc Crétier, ancien champion olympique de descente à Nagano, en 1998.

La peur de ne plus être au niveau

Mais à l’inverse, l’Autrichien Hermann Maier sut dépasser sa chute en moto de 2001, pour ensuite finir second en 2003 du super-G des championnats du monde de Saint-Moritz ou encore remporter la Coupe du monde en 2004. Certes, Grégory Coupet ne manque pas de caractère mais il devra avoir la certitude de retrouver ses sensations. Et une forme suffisante pour jouer en Ligue 1. En effet, le natif du Puy-en-Velay, septuple champion de France, n’accepterait pas d’afficher un niveau indigne de son palmarès. A quelques semaines de ses 37 ans, il pourrait donc, comme d’autres avant lui, se retirer. Pour éviter la saison de trop.

Pierre Laurent

Herman Van Rompuy / Le soir

La présidence du conseil de l’Europe n’héritera finalement pas d’un nom ronflant. Pas de Jose Manuel Barroso et encore moins de Tony Blair. Ce poste hautement convoité sera, après de nombreuses querelles transfrontalières, occupé par un homme discret, le futur ex-premier ministre belge Herman Van Rompuy. Perçu Outre-Quiévrain comme un fin négociateur aux manières sereinement affirmées, le Flamand de 62 ans fera office de médiateur au sein d’une UE tiraillée entre les tentations ultra-libéralistes -voire atlantistes-des pays d’Europe de l’Est et la puissance d’un axe franco-allemand de plus en plus contesté. Étonnamment, cette tâche imposante ne devrait pas lui poser problème. L’homme est habitué au grand écart politique.

Au service de Sa Majesté

Flamand trilingue -il maîtrise parfaitement le français et l’anglais-, Van Rompuy jouit d’une image un peu surannée -mais pas volée- de sauveur de la patrie en Belgique. En décembre 2008, il joue au pompier de service, lorsque le roi Albert II lui demande de mettre en place un gouvernement après la démission du très contesté Yves Leterme. Appelé à la rescousse, cet homme politique expérimenté -il a été vice-premier ministre et président de la chambre des représentants- refuse plusieurs fois le poste. Avant de revenir ensuite sur sa décision, bon an mal an. Cas de force majeure oblige, la stabilité du pays étant en cause. La suite de l’histoire, on la connaît. Avec pragmatisme, Herman Van Rompuy rattrape, une à une, les erreurs grossières de son prédécesseur. Favorable intimement à l’indépendance de la Flandre, il sait toutefois que les communautés néerlandophones et francophones sont trop liées humainement et trop dépendantes économiquement pour divorcer. Onze mois après, au terme d’un mandat jamais désiré mais bien rempli, le bilan de Van Rompuy est éloquent. Ce catholique pratiquant, plutôt taiseux, avait finalement les épaules assez larges. Peut-être même à sa propre surprise. Aussi, son départ inquiète autant que sa force tranquille a rassuré. Les Belges devront faire du « Van Rompuy sans Van Rompuy », comment vient de le regretter publiquement Laurette Onkelinx, la vice-premier ministre.

Une discrétion à double tranchant

Le vide semble béant en Belgique, mais en Europe, le premier président fixe de l’UE doit encore convaincre. Sa modération assumée va devoir se doubler d’une autorité sans faille lorsqu’il s’agira de trancher. Autre difficulté, le compromis à la belge ne pourra s’exporter que s’il s’affranchit des lourdeurs d’appareil et des luttes d’influence. Et à l’international, la tâche de Van Rompuy différera radicalement de ce qu’il a connu jusque maintenant. Double costume oblige, ce nouveau poste de président fixe du Conseil européen demande autant de patience politique sur le Vieux Continent que de charisme au delà des frontières européennes. Dos au mur, Herman Van Rompuy, cet homme de l’ombre, devra déjà casser son image naissante de candidat par défaut. Pour mieux se fondre dans la lumière. A contre-nature.

Pierre Laurent