Archives de la catégorie ‘Environnement’

Vincent Comparat est le porte-parole de l’Ades, une association qui tente de maintenir un lien entre les hommes politiques et les citoyens. Mais ce retraité très actif revendique son côté poil-à-gratter…

A première vue, le bonhomme ne semble pas franchement tenace. La soixantaine paisible et affable, il semble presque en retrait, loin, voire très loin de l’image lambda du militant soixante-huitard. Pourtant, la vie politique, Vincent Comparat la connaît. De près. Lyonnais de naissance, il monte à Paris pour ses études à l’Ecole Centrale et se destine à une carrière de physicien. Mais rapidement, attiré par le « mouvement social des années 60 », il devient militant écolo, mais plus par idéalisme que par ambition politique. « Avant 1968, j’étais surtout engagé contre la guerre au Vietnam. Mais cette année a coincidé avec une prise de conscience générale, et j’ai trouvé le militantisme plutôt sympa ».            Par la suite, ses convictions vont l’amener à s’engager politiquement au sein du Parti Socialiste Unifié, l’ancien parti de Michel Rocard à mi-chemin entre le PS et le PCF. « La fin des années 60 a montré que le progrès physique ou technologie ne va pas forcément de pair avec le progrès social » regrette-il, presque désolé par la tournure des choses. Mais ces trois années au secrétariat national vont le convaincre de la lourdeur des appareils politiques, à qui il reproche d’être « trop pris par la perspective des élections ».

Des collègues qui rentrent dans le rang

Vincent Comparat garde un bon souvenir de ces années politiques mais ne se leurre pas : certains de ses amis, « notabilisés », sont rentrés dans le rang. « Les partis politiques sont des machines à broyer les individus. Dans les partis, les élus connaissent souvent mal leurs dossiers et en viennent à voter à la vâ-vite. J’ai choisi d’aider ceux qui entraient dans la machine pour ne pas les laisser seuls ». Là, en 1983, il participe à la création du GEA (Grenoble Ecologie Autogestion), qui finira par devenir l’Association Démocratie Ecologie Solidarité (Ades) en 1994. Menée entre autres avec Raymond Avrillier, auteur par la suite du livre-enquête « Le système Carignon », l’opération rencontre un certain succès et va jusque menacer le tout-puissant maire de Grenoble, l’ancien ministre Alain Carignon. Car petit à petit, le travail de fourmi paie et l’Ades finit par être représentée au sein des collectivités locales.

Logiquement, l’association finit par se heurter au système opaque du maire en place, mais cette période de conflit, d’enquête et d’intrigues a profondément marqué Vincent Comparat. « Avec d’autres opposants, et grâce à notre travail d’enquête, nous avons contribué à faire tomber Carignon, et ses méthodes de mafieux. Tout cela nous a demandé énormément d’attention, de travail, d’implication… » Paradoxalement, il émanerait presque du sexagénaire l’ombre d’une nostalgie, même s’il ne regrette pas cette période agitée : « l’affaire Carignon a renforcé la vigilance de la justice, et tout cela a été utile. Les « affaires » sont plus discrètes maintenant, sans valises pleines de billets… » Plus récemment, l’Ades s’est trouvée de nouveaux combats, en particulier le projet récurrent de Rocade Nord. « Michel Destot, comme Vallini ou Carignon, a fantasmé sur cette rocade et c’est grotesque » s’emporte l’ex-militant, à la verve dure mais étonnamment calme. PS Isérois, libéraux bétonneurs ou barons locaux, tout le monde en prend pour son grade. Sa prose prendrait-elle des atours politiques, sur fond vert et rouge ? Il s’en défend pourtant, car « Grenoble est un cas très particulier, et ses habitants demandent déjà trop de travail… »

Pierre Laurent

Lancé en 2004 pour protéger les communes iséroises d’une crue bicentennale, le projet est aujourd’hui remis en question. Pendant ce temps, les risques d’inondations sont réels.

Inondation à Veurey-Voroize (Isère) en 1928 / Mairie de Veurey-Voroize - Mme Ramu DR

L’Isère sera t-elle un jour aménagée correctement ? Après des dizaines d’années de projets avortés, les travaux d’aménagement des digues iséroises ont été reportés à 2011 sur le tronçon stratégique Saint-Ismier-La Tronche. L’information est d’importance, car la crue de 2001 avait fragilisé certaines portions de digue, n o t a m m e n t dans le secteur de Meylan. L’Association Départementale Isère-Drac Romanche était en première ligne lors de cette crue. Et Michel Pinhas, son directeur, ne cache pas son inquiétude : «Les digues de l’Isère sont vulnérables et une crue décennale peut les détruire. Et le fait de geler les chantiers augmente donc la probabilité d’avoir une crue d’ici l’achèvement des travaux ». En 2001, Michel Pinhas et son association avaient constaté une fuite de la digue protégeant les pépinières Paquet, près de Meylan. A l’époque, quelques travaux avaient suffi pour colmater la brèche, mais le scénario pourrait être moins favorable en cas de crue très intense.

Grenoble pourrait être inondé en cas de grue modérée

En effet, le Symbhi (Syndicat Mixte des bassins hydrauliques de l’Isère) est catégorique : une prochaine crue bicentennale, similaire à celle de 1859, pourrait occasionner des dommages évalués à 400 ou 500 millions d’euros dans le seul périmètre de Meylan et de La Tronche. Et si le scénario est peu probable, le risque n’est pas nul. Joint au téléphone, le Conseil Général regrette ce report des travaux, mais justifie son choix : «La réforme envisagée de la fiscalité locale, notamment celle de la taxe  nombreuses et graves incertitudes sur la gestion des collectivités territoriales. Nous avons donc choisi de geler les travaux».

Mais plus que l’argument économique, les associations écologistes locales accusent la région et la ville de privilégier la construction de la rocade Nord, déjà évoquée sous l’ère Carignon… « Michel Destot, le maire de la ville, privilégie les grands bâtiments… Par contre, quand il s’agit d’assurer la sécurité des Grenoblois, c’est beaucoup plus compliqué. Car dans son esprit, une digue, ce n’est pas spectaculaire ! » assène Vincent Comparat, de l’Ades (Association Démocratie Ecologie Solidarité), proche des Verts. A l’opposé de cette position tranchée, la perspective d’une crue mal maîtrisée ne mobilise pas vraiment les riverains. Selon Sébastien Gominet, de l’Irma (l’Institut des risques majeurs), «les gens ne s’intéressent aux crues qu’en cas de catastrophe, car le sujet n’est pas une préoccupation première. Par exemple, les réunions publiques organisées n’attirent pas grand monde, et les communes n’informent pas assez régulièrement leurs habitants». Pourtant, les Isérois ne sont pas à l’abri de crues.

Des crues abondantes dans la région

Par le passé, les colères de l’Isère ou de la Romanche ont inondé Grenoble et le Grésivaudan à plusieurs reprises (voir encadré). Le projet Isère Amont prévoit justement de protéger les zones habitées des inondations, en misant a minima sur un renforcement des digues et un aménagement perfectionné des berges. Mais en cas de crue trentennale ou plus intense, les terres agricoles serviraient de déversoir, appelés « champs d’inondation contrôlés ». Pour le moment, ces projets extra-urbains ne sont pas remis en cause par le gel des travaux, d’autant que le remboursement des agriculteurs touchés par d’éventuelles inondations vient d’être voté par le Conseil Général et le Symbhi. Mais en ce qui concerne le tronçon entre Saint-Ismier et La Tronche, rien de certain. Si ce n’est que Grenoble et ses environs restent à la merci des colères de l’Isère.

Pierre Laurent