Deux visages. Ce soir, en huitième de finale retour de la Ligue des Champions, l’OL a alterné le pire et le meilleur contre le Real Madrid mais l’essentiel est acquis : Lyon sera à nouveau en quart de finale de la compétition après quatre années d’insuccès précoces contre l’As Rome, Manchester ou le FC Barcelone. Et cette qualification est incontestablement méritée.

Ronaldo, le Madrilène le plus dangereux / Reuters

L’année dernière à Barcelone (2-5), l’OL avait encaissé un but d’entrée et ne s’en était jamais remis, tiraillé entre l’envie de repartir de l’avant et la crainte des rapides contre-attaques adverses. Un danger équivalent se devinait mercredi soir d’autant que Lyon pouvait vouloir se reposer sur le maigre matelas du match aller, remporté 1-0. Et le scénario attendu se confirmait : Madrid mordait dans chaque ballon avec hargne et faisait reculer des Gones, battus dans les duels et évoluant bas, trop bas. A ce rythme, Lyon céda rapidement sur un but de Ronaldo, et faillit encaisser un deuxième but espagnol sur une frappe ou une tête d’Higuain, et semblait bien plus proche de l’élimination que des cages d’un Iker Casillas au chômage forcé.

Mais Madrid, ultra-dominateur, n’a pas su tuer le match, faute de réussite, faute aussi d’une certaine nonchalance à l’approche des buts d’Hugo Lloris. A 1-0 à la mi-temps, Lyon n’était pas éliminé et conservait toutes ses chances à condition de tenir la balle, de ne pas subir et de « tester » la défense espagnole, jamais prise en défaut jusque là.

Un scénario catastrophe à la mi-temps

A la reprise, la suite de la rencontre s’annonçait compliquée avec les sorties sur blessure de Makoun et Boumsong, remplacés par un Kim Kallström en manque de confiance depuis un moment et un Gonalons a priori un peu vert. Mais comme à Liverpool, les deux joueurs ont comblé à merveille les lacunes du bloc équipe, trop prudent jusque là. Gonalons, bien en jambes et agressif, a fait mieux que le Camerounais dans le jeu. Mieux encore, l’international suédois a su se muer en premier relanceur et organiser le jeu, alors que Pjanic semblait particulièrement inhibé. Plus solides derrière avec l’entrée en jeu de Toulalan, les Lyonnais ont surtout réussi à accompagner leurs attaquants avec un Pjanic évoluant plus haut, et donc plus dans son registre. En quelques minutes, dominé dans les duels et poreux au milieu, le Real Madrid est retombé dans ses torts, ceux d’une équipe au potentiel offensif effarant, mais au collectif d’argile…

L’OL a changé le cours du match

Les visiteurs, dominés lors des quarante-cinq premières minutes, semblaient avoir trouvé la clé du jeu madrilène. Après plusieurs tentatives avortées de peu -Delgado de la tête à la 49ème, Lisandro du coup du pied à la 55ème-, l’OL égalisa par Pjanic au terme d’une action collective bien huilée. A 1-1, en vertu du but inscrit à l’extérieur, Madrid allait devoir marquer au moins deux fois pour se qualifier. Mais ni Ronaldo, Kaka, Van der Vaart ou Higuain n’ont su s’extraire de l’efficace toile d’araignée lyonnaise. Le score aurait même pu enfler en fin de match, si Lisandro puis Delgado avaient cadré leurs tentatives… Lyon, souvent critiqué depuis le début de saison, voire moqué pour ses difficultés à battre un « grand d’Europe » en match aller-retour, tient son exploit. Moins brillants que la bande à Essien, Diarra ou Juninho, ces Gones étonnent par leur capacité à bien finir les matchs. Et leur domination tactique sur les 180 minutes est prometteuse.

Pierre Laurent

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Patrice Guigon, substitut général à la cour d’appel de Chambéry, a pas mal roulé sa bosse, du Luxembourg à Amiens en passant par Paris. A 45 ans, il aspire à une vie moins mouvementée.

Il a beau être modeste, la liste de ses attributions court a minima sur trois pages de papier format A4… En effet, avant d’officier à Chambéry comme substitut général à la cour d’appel, Patrice Guigon a fait preuve d’une « mobilité » que certains cadres sup’ de France Telecom n’auraient pas renié. Et si cette mouvance permanente est l’apanage des magistrats ambitieux, il a surtout tenu à varier les genres. « Pour monter en grade, il faut se plier aux plans de mobilité. Cela n’est pas vraiment mon cas, car j’ai surtout voulu multiplier les expériences » raconte t-il.

Toucher à tout. Cette curiosité, cette envie de ne pas tomber dans la routine caractérise assez bien Patrice Guigon. Originaire du Vaucluse, il rejoint Grenoble à l’âge de 11 ans avec ses parents et montre un certain goût pour l’histoire, sans toutefois en faire son travail, presque à contrecoeur. « J’aime beaucoup l’histoire et le fonctionnement des systèmes politiques m’intriguait. Hélas, les débouchés sont rares hormis dans l’enseignement. J’ai donc décidé de me tourner vers le droit». A l’université Mendes-France, en 1983, il entame une maîtrise en droit public avant d’enchaîner avec un DEA –l’actuel Master- en études européennes. Ses résultats, brillants, lui attirent assez vite les faveurs de son université et il commence à enseigner parallèlement à sa formation pendant quatre ans. Là, tout s’accumule : la thèse, les cours à organiser et l’envie assez pressante d’en finir, pour se confronter à la réalité. « La bourse que j’ai gagnée me permettait de gagner de l’argent en donnant des cours à la fac de droit. En contrepartie, j’ai dû m’engager sur quatre ans et si l’enseignement m’a plu, je ne me voyais pas y faire carrière. Je voulais me rapprocher du terrain car certains sont meilleurs que moi pour la théorie… » reconnaît-il, un petit sourire naissant en coin. Patrice Guigon rejoint alors l’Ecole nationale de la Magistrature, où son profil tourné vers le droit européen et le droit public est rare, mais recherché. « La plupart des magistrats réussissant le concours sont issus du droit pénal et du droit privé. J’ai dû combler ces lacunes ». Pendant deux ans, le futur magistrat s’attèle à devenir plus polyvalent, et ses efforts paient.

Des débuts formateurs mais éprouvants

A 34 ans, il rejoint Amiens, en tant que substitut du procureur de la République. Son premier poste de terrain.  Exigeant mais très formateur. « J’ai bien aimé la région, mais la Picardie est sinistrée économiquement. Sa population est souvent défavorisée et connaît de nombreux problèmes d’alcoolisme, de délinquance… Donc mon travail n’a pas toujours été facile car usant nerveusement. Cela dit, l’expérience a été enrichissante. » Plus sûr de lui, endurci, il quitte ses attributions picardes pour Paris et des activités plus législatives. De septembre 2001 à janvier 2009, il rédige au quotidien des projets de lois, des règlements, des tâches qu’il conseille ardemment à ses collègues magistrats.  L’expérience au Ministère, stimulante, lui plaît énormément. Jusqu’à regretter, à demi-mots, ce rythme de travail soutenu… Parallèlement, son rôle de magistrat se double d’une vie privée bien remplie, entre sa femme avocate et  son fils, un bambin de 18 mois. Aussi, après plusieurs déménagements en région parisienne et un rythme métro-boulot-dodo piégeux, Patrice Guigon rejoint Luxembourg et la Cour de justice des Communautés européennes. L’opportunité est très alléchante sur le papier. Mais ses tâches, essentiellement bureaucratiques, le lassent.

Un retour programmé à Grenoble

Alors, cette fois, le magistrat rentre au bercail, en Rhône-Alpes : il décide avec sa femme avocate de se fixer dans sa région d’origine pour vivre un peu plus paisiblement et s’adonner plus souvent au ski, son sport favori, même si son fils occupe « bien » ses plages de détente. A Chambéry pour le moment, il pourrait bien déménager en banlieue grenobloise, sachant que sa femme vient de trouver un emploi à Meylan.

Loin du rythme parisien effréné, Patrice Guigon se défend pourtant d’avoir un job pépère. «Franchement, je ne m’ennuie pas ici ! Entre mes différentes tâches, j’ai plus de travail qu’au Luxembourg ». Secrétaire général du parquet général de la cour d’appel, il s’est éloigné des procédures judiciaires pour se rapprocher de la gestion des dossiers administratifs et de la communication. Ce poste lui plaît, mais tout est encore bien frais après trois mois de présence en poste. Cependant, après avoir pas mal bourlingué, il aspire surtout à se fixer pour deux ans.  Au minimum. D’un regard discret mais franc, il dit bien « qu’il y a une vie après le droit…»

Selon Nadine Debois, docteur en STAPS, la tendance des sportifs français à briller par équipes et à décevoir en individuel serait liée à certains ressorts psychologiques, sociaux et techniques.

Boris Sanson, Vincent Anstett, Julien Pillet et Nicolas Lopez

Lors des JO de Vancouver, Sandrine Bailly a fait un relais exceptionnel, alors que ses résultats individuels ont été décevants. D’autres Bleus, par le passé, ont connu le même genre de fortune… Est-ce une tendance française ?

Cela ne concerne pas seulement les sportifs français, même si le phénomène est récurrent ici. Le tout est lié à la personnalité des sportifs. En effet, le psychologique peut prendre le dessus sur la performance individuelle, en particulier lors de grands événements comme les JO ou d’autres compétitions internationales. Psychologiquement, le sportif fait la balance entre la difficulté qui se profile, et les ressources dont il pense disposer. A titre individuel, l’athlète blessé peut ainsi se sentir menacé quand il n’est pas au top de sa forme. Par équipes, le même athlète peut percevoir cette difficulté comme un challenge car il veut participer à une œuvre collective et ne pas décevoir ses coéquipiers : l’enjeu étant partagé, la pression est partagée et chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Accorde-t-on en France plus d’importance aux épreuves par équipes qu’à l’étranger ?

Probablement. En athlétisme, par exemple, les Français ont toujours préparé en groupes et en pôles les échéances à venir. Le grand relais titulaire du record du monde Sangouma, Marie-Rose, Trouabal et Morinière se connaissait par cœur, avec les avantages techniques et mentaux que cela comporte. Les relais américains fonctionnent différemment : les quatre premiers des championnats nationaux sont sélectionnés, et ne commencent à travailler ensemble que peu de temps avant le début des compétitions internationales. En 2003,  lors du 4 x 100 m, quand Christine Arron rattrape puis double Torri Edwards, pourtant vice-championne du monde, cela est dû autant à son relâchement qu’à un avantage technique, dû au travail consacré au passage de relais.

Au quotidien, l’éducation sportive française insiste-elle particulièrement sur la notion de collectif ?

Le principe même d’Insep, de pôles et de rassemblements favorise le travail de groupe. Les athlètes, globalement, se retrouvent dans le collectif et ont l’impression de participer à une construction. D’un point de vue éducatif, cela permet d’éviter les comparaisons sociales ou statistiques, fortement marquées par les égocentrismes… D’ailleurs, et cela n’est pas un hasard, les relais français ont commencé à décliner quand nos athlètes ont commencé à privilégier les entraînements plus individualisés.

Propos recueillis par Pierre Laurent

Amorphe et besogneux en ligue 1, l’Olympique Lyonnais a enfin montré son meilleur visage en Ligue des Champions, à l’occasion de sa victoire 1-0 en huitième de finale aller contre le Real Madrid. Il faudra confirmer au stade Santiago Bernabeu le 10 mars car les stars merengue auront à cœur de se reprendre. Les Gones peuvent-ils le faire ? Analyse.

Le but victorieux de Makoun – Philippe Merle/AFP/Getty Images

Ils voulaient faire bloc, défendre en équipe et attaquer à 11. Mission réussie. Comme à ses plus belles heures, Lyon a retrouvé sa verve collective au bon moment en s’imposant logiquement 1-0 contre un Real Madrid sans génie, laxiste et au jeu trop axial. Pourtant, depuis de longs mois, le septuple champion de France semblait plafonner en championnat, à l’exception d’une brillante deuxième mi-temps à Lorient. Ses maux récurrents ? Une incapacité à être compact, et un certain déficit technique. Pire, Lyon affichait le visage d’une équipe coupée en deux, en ligue 1 comme en coupes nationales : l’axe Cris – Boumsong, pataud, et le milieu, sans repères, n’accompagnaient pas assez les joueurs offensifs, devenus esseulés.

Indispensables

Ce mardi, le temps d’un match, l’équipe de Claude Puel a retrouvé un certain liant collectif, devant comme derrière. Le seul retour de Jérémy Toulalan au poste de milieu défensif, pas encore au top de sa forme, ne peut suffire à expliquer la métamorphose. Bien sûr, l’ancien Nantais a récupéré de nombreux ballons et a su canaliser la fougue de Ronaldo et Kaka, d’ailleurs passé à gauche en deuxième mi-temps. Mais surtout, Lyon a su redonner sa chance à Govou et Delgado, feux follets en attaque et chiens de garde en défense. En défense, les deux milieux ont bien bloqué les couloirs, contraignant le Real à passer dans l’axe, là où Kaka, Ronaldo et Higuain se sont marchés sur les pieds. Mieux, en attaque, les deux revenants ont su jouer entre les lignes et tenir intelligemment le ballon.

Vital en Ligue des Champions. Car tout entraîneur le dira : la réussite d’une équipe dépend de sa capacité à maîtriser le rythme d’une partie. Ainsi, bien défendre est important mais conserver le ballon à sa récupération est essentiel pour se protéger de l’équipe adverse. A vite perdre le ballon, le Lyon niveau ligue1 aurait fini par plier face aux accélérations désordonnées mais dangereuses des attaquants madrilènes. Ce soir, l’OL a su ne pas le rendre trop vite  et  jouer intelligemment dans les espaces, grâce à une grande disponibilité de ses attaquants. Derrière cette mobilité retrouvée se dessine peut-être aussi une certaine montée en puissance physique, après un hiver très éprouvant… Mais il faudra se méfier du Real Madrid au retour.

Ils ne pourront pas faire pire

En effet, le club merengue a livré ce soir une prestation très décevante et voudra se rattraper devant le public de Santiago Bernabeu, d’autant plus exigeant que le recrutement a été royal l’été dernier. Fébriles derrière, poreux au milieu et suffisants devant, les Madrilènes n’ont pas su enfiler le bleu de chauffe, même lorsqu’ils ont compris que la vista de Ronaldo, Kaka et Higuain ne suffirait pas. Pire, les joueurs de Manuel Pellegrini ont toujours semblé plus proches du 0-2 que du 1-1, faute de patience dans la construction et d’un replacement défensif efficace… Seule la fin de match pourra leur laisser des regrets. La fatigue aidant, les vives accélérations de Kaka sur l’aile gauche ont parfois mis en difficulté Réveillère et montré que le jeu espagnol gagnerait à être moins axial. Sur sa large pelouse de Bernabeu, le Real Madrid verra là des raisons de varier son jeu et d’espérer, mais cela pourrait ouvrir des espaces à Lisandro, Govou et Delgado, assez tranchants ce soir. Or, tout but lyonnais au retour obligerait Madrid à marquer trois fois pour se qualifier… De quoi aborder le match retour avec optimisme, à condition de jouer sans le frein à main.

Pierre Minacz

Français et Belges sont voisins, s’apprécient globalement mais se connaissent mal. Ce constat aux allures de lapalissade est pourtant plein de sens, deux jours après que l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt ait publié sur lemonde.fr, une tribune opposée au « débat » français sur l’Identité Nationale et nommée « Il y a quelque chose de pourri en France« .

Au fil des lignes, Verhofstadt reproche à la France de ne pas prendre de hauteur, de ne pas inspirer ses voisins comme par le passé (l’évocation aux Lumières est évidente), voire de renouer avec son passé mi-maurassien mi-collabo. La référence au régime de Vichy saute aux yeux, mais le Belge laisse entendre que le débat intéresse les Français, alors que la plupart d’entre eux voient derrière les séminaires à répétition l’ombre d’une stratégie électorale… Maladroit, mais sincère, car le débat sur l’Identité Nationale casse à l’étranger -et dans les grandes largeurs- l’image accueillante et ouverte de la France, « ce » pays des droits de l’Homme. Toutefois, Guy Verhofstadt commet l’erreur de globaliser les Français et ne semble pas faire de différence entre les sympathisants de sensibilités différentes. Pourtant, les extrémistes de tout bord n’ont pas encore réduit à néant la diversité de notre pays…

Même combat mais autre ton pour Luc Rosenzweig, ancien journaliste de Libération et rédacteur en chef du Monde. Sur le site d’échange et de réflexion causeur.fr et dans un billet finement titré « Ta gueule, Verhofstadt« , Rosenzweig reproche à l’ancien Premier ministre belge de ne pas apporter son « regard extérieur », et surtout de parler de la France maurassienne comme d’une « remontée d’égouts ». Jusque là, la position du journaliste ne correspond pas à ma sensibilité, me dépasse légèrement mais n’a rien d’infâmante. On rentre par contre dans le dur, lorsqu’il dit de la sortie de Verhofstadt, qu’elle n’est « qu’une prise de position d’un voisin belge, sous-catégorie flamande ». Sous-catégorie ? Mais de quelle sous-catégorie parlons-nous donc ? Untermensch peut-être ? Je n’oserai répondre à cette dernière question. Mais la suite de sa parution électronique m’interpelle.

En effet, quelques joyeuses lignes plus tard, Luc Rosenzweig tire à boulets rouges sur les « Flamands », « un peuple dont le rapport a l’identité nationale se manifeste de manière brutale et provocatrice, avec des excès racistes et xénophobes plus violents, en paroles, que partout ailleurs en Europe occidentale. » L’attaque devient ciblée, mais la frappe  oublie d’être chirurgicale. A entendre l’ancien journaliste, l’identité nationale flamande rime avec brutalité et provocation. Je ne l’invente pas, il le dit lui-même. Je le répète, même. Histoire de faire bondir, soyons fous, l’immense majorité de Belges d’Anvers à Ostende, heureux d’être Flamands et tout à fait pacifistes.

Enfin, et je vais m’arrêter là, Luc Rosenzweig voit derrière la méconnaissance belge de la Brabançonne, la preuve d’un « rejet profond de la Belgique unitaire ». Comme si la Belgique devait s’emparer de son hymne national, comme la France sait s’emparer de la Marseillaise. Une grave erreur, teintée de négligences historiques. Les deux pays ont certes connu les affres et les avancées d’une révolution, mais le royaume de Belgique, lui, est issu -en bonne partie- d’une question… européenne, aux forts accents avant-gardistes de realpolitik.

Le semi plat-pays a certes appris à revendiquer sa double appartenance nationale et régionale. Mais les Belges savent au fond d’eux que leur alliance tient à un contrat social  défendu corps et âmes contre les occupants successifs : ni Néerlandais, ni Allemands, ni Autrichiens, ni Français, ils sont devenus… Belges. D’intentions constructives ou maladroites, de forme polie ou agressive, les interventions de Verhofstadt comme de Rosenzweig nous prouvent, le temps de deux sorties, qu’il est risqué de parler de ce qu’on connaît mal…

Pierre Laurent

Étudiant à Sciences Po Grenoble, Gilles Johnson hésite encore entre le militantisme socialiste et le journalisme. Son blog, Actupol, lui sert autant à entretenir sa plume qu’à exposer sa sensibilité politique. Comme un reflet de ses aspirations assez incompatibles…

A bientôt 25 printemps, il dit garder le journalisme « dans un coin de sa tête ». En attendant, Gilles Johnson, étudiant à l’IEP de Grenoble, semble plus tenir du militant PS encarté que du rédacteur. Tel un symbole fort, la homepage d’Actupol comporte une rose. « Mon blog est avant tout une démarche de citoyen. Cela dit, j’annonce ma couleur politique et je l’assume, par souci de transparence » reconnaît ce Francilien, originaire de Bondy, en Seine-Saint-Denis.

Toutefois, ses visions de gauche ne l’aveuglent pas. Dans la vie comme sur le web, il reste critique à l’égard de la droite mais aussi de son propre camp. Sa lucidité, la preuve de son essence de journaliste ? Ses goûts de jeune adulte semblent confirmer l’inclinaison de ses entrailles. « J’ai toujours eu envie de faire du journalisme et d’ouvrir un blog, mais j’avais une image faussée du blogging, comme les skyblogs égocentriques, où les gens exposent leur vie privée ou posent en permanence » regrette t-il, sans fard. En 2005, sa petite amie de l’époque lui fait passer le cap, et le convainc que le blogging peut aussi faire preuve de rigueur… Pendant dix mois, il poste ainsi des papiers, mais « trop rarement ». Puis il en finit avec les concours et entre à Sciences Po Grenoble, ce qui lui laisse plus de temps pour écrire. Mais pas n’importe comment. « Je ne voulais pas faire du copier/coller du Point, de Libé. J’avais surtout envie de m’exprimer » témoigne t-il. Il lance alors Actu’pol, qu’il tient encore actuellement.

Prêt à rendre sa carte du PS

Son deuxième blog, « Moules-frites et choux de Bruxelles », sera surtout un carnet de voyage, ouvert à la curiosité des internautes, (mauvaise) blague belge à part. Au jour le jour, il y raconte sa vie d’étudiant Erasmus à Bruxelles. Le ton est amusé, volontiers taquin, mais Gilles Johnson pose un oeil réaliste sur la vie Outre-Quiévrain. Publier aiguise peu à peu sa plume, même s’il reconnaît qu’écrire pour un lecteur ne « va pas de soi ».

Parallèlement, il goûte aux joies du journalisme, via un partenariat de son école avec le Nouvel’ Obs : « j’ai appris que Michel Destot, le maire PS de Grenoble, allait faire entrer deux membres de la droite locale. Après des hésitations, j’ai fait sortir l’information, mais il m’a été reproché au sein du parti de ne pas avoir été solidaire ». L’anecdote ne prête heureusement pas à conséquence, mais il prend conscience de la relative incompatibilité entre journalisme et politique. Toutefois, Gilles Johnson se dit prêt à replonger, quitte à rendre sa carte de membre du PS pour ne pas « subir des pressions en tant que journaliste politique ». Engagé d’accord, mais pas prêt à se tirer une balle dans le pied. Il sait trop bien que choisir, c’est renoncer.

Pierre Laurent

L'histoire n'est pas terminée... / DR Sipa

Opposés sur le terrain médiatique et juridique, proches engagés dans une lutte sans fin mais fers de lance de la droite française, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin n’ont pas fini de jouer la partition des frères ennemis. A l’issue du procès Clearstream, qui a abouti en premier lieu à la relaxe de l’ancien Premier Ministre, le président de la République -d’ailleurs partie civile- a joué la carte de la tolérance, en ne faisant pas appel de la relaxe initiale. La décision prêterait à sourire si elle ne confinait pas à la communication aiguisée… En effet, seul le procureur de la République peut faire appel de la décision d’un tribunal. Et il y aura bien un deuxième procès Clearstream : relaxé pour le moment, Dominique de Villepin devra à nouveau se défendre suite à l’appel du procureur controversé Jean-Claude Marin, souvent taxé d’avoir des « amitiés » à droite. Malgré ce rebond capricieux, Dominique de Villepin a laissé entendre qu’il n’en avait pas fini avec le pouvoir. Question de crédibilité, d’orgueil aussi. On ne badine pas avec l’image de celui qui a dit « non » à la guerre en Irak. Faute de mieux, ses récentes sorties médiatiques aux tons gaullistes ont été très remarquées, mais son but, le « redressement de la France » semble bien ambitieux pour un politicien en porte-à-faux et privé de soutien au sein de son propre camp… En effet, loin des arcanes du pouvoir, le chiraquien n’a pas entretenu ses réseaux et pèse peu face au rouleau-compresseur symbolisé par l’UMP. Et s’il se osait se mesurer à Sarkozy, comment pourrait-il s’y prendre ? Encore faut-il qu’il sorte indemne et libre d’un deuxième procès. Viserait-il la présidentielle 2012 ? Si tel est son horizon rêvé, sa projection laisse pantois. Privé de soutien massif à droite, ce libéral convaincu -l’homme du contrat première embauche- ne pourra jamais compter sur un soutien de ses ennemis de gauche. Certes, il pourrait glaner sans difficulté majeure les 500 signatures nécessaires à une candidature présidentielle auprès des communes acquises à son mentor, l’ancien président Jacques Chirac… Mais avec quelle idée en tête ? Réintégrer une droite sarkozyste dont il ne se réclame pas, ou la dénuder pour se venger et favoriser d’autres desseins ?

4 ou 5 % qui pourraient tout changer

De Villepin, candidat à la présidentielle. Tout cela semble très hypothétique pour le moment, d’autant que l’intéressé n’a jamais évoqué le sujet depuis qu’il a rompu le silence médiatique. Mais à bien y regarder, sa prose gaulliste à la sortie du tribunal était trop marquée pour n’être que le fruit de son indignation. Croirait-il lui aussi, même fugacement, à « sa » traversée du désert ? Pour le moment, les spécialistes politiques ne lui accordent a maxima que 4 ou 5% d’intentions de vote, n’en déplaise à son orgueil : bien trop maigre pour aspirer à un destin présidentiel mais à même de perturber l’UMP, qui a su éviter jusque là les conflits internes, à l’image de ceux qui ont opposé  par le passé les têtes d’affiches de la droite. En 1981, le manque de soutien de Chirac envers Giscard avait favorisé la victoire de François Mitterrand… Aussi, Sarkozy craint ce cas de figure et ne tient pas à ce que l’Histoire bégaie. A moins qu’une candidature de Dominique De Villepin ne séduise les déçus du Modem, frustrés de voir François Bayrou se rapprocher de la gauche plurielle, mais repoussés par l’actuelle politique de l’immigration du gouvernement Fillon. Ironie du sort, l’accusé du procès Clearstream favoriserait alors les ambitions de son meilleur ennemi : Nicolas Sarkozy.

Pierre Bréchon, professeur en sciences politiques à Sciences Po Grenoble, revient sur le rapport Gerin concernant le port de la burqa en France. Pour l’enseignant, auteur de « Religion et action dans l’espace public » en 2000, un Etat laïc n’a pas à légiférer sur une question religieuse. Interview.

Que pensez-vous du rapport Gérin et d’une éventuelle législation concernant le port de la burqa ?

Le problème, c’est surtout de savoir ce qu’il faut faire. Selon les enquêtes d’opinion, l’image des musulmans n’est pas bonne en France car nos concitoyens craignent globalement une forme de radicalisme et font la confusion entre Islam et Islam radical. A partir de là, la burqa est perçue comme un symbole du radicalisme. L’idée de légiférer peut donc satisfaire une majorité de Français.

L’état français, laïc, dépasserait t-il son rôle s’il légiférait sur le port de la burqa ?

En effet, dans un pays où la tradition républicaine est basée sur la laïcité, l’Etat n’a pas à s’immiscer dans le domaine des religions. Les grands textes fondamentaux autorisent la religion à s’exprimer dans les domaines privés, mais aussi dans les sphères publiques. Ainsi, les Français ont tout à fait le droit, conformément à la loi, d’exprimer leur opinion dans l’espace publique. Les parlementaires sont tout à fait conscients qu’il est difficile d’intervenir dans le domaine religieux. En plus, le Conseil constitutionnel et la Cour Européenne des Droits de l’homme ont un droit de veto non négligeable. Les hommes politiques devront donc trouver un terrain d’entente, pour que cela ne soit pas trop contestable…

Légiférer sur la burqa risque t-il de marginaliser les femmes qui la portent ?

Le nombre de femmes portant la burqa est très limité. Les chiffres fluctuent mais selon le gouvernement, elles seraient au plus 1900 sur tout le territoire français. A l’échelle de 64 millions de Français, on va faire une loi pour une burqa par ville de 30000 habitants ! Cette situation me rappelle l’exemple de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. A l’époque, les parlementaires ont multiplié les initiatives contre les sectes, alors que ces mouvements étaient extrêmement rares et isolés. Alors si la peur de l’opinion publique est bien présente, elle est largement relayée voire encouragée par les hommes politiques. Le risque est donc grand de marginaliser les porteuses de burqa. De plus, comme un article du Monde l’a évoqué récemment, interdire le port de la burqa pourrait amener les populations concernées à quitter la France et à rejoindre les pays du Golfe persique.

Serait-ce aussi un terreau favorable au communautarisme ?

Oui, mais je crois surtout que cela remet en cause la vision française de la place de l’homme et de la femme. De quelle société voulons-nous ? Souhaitons-nous homogénéiser les Français ou souhaitons-nous une société moderne, ouverte et tolérante ? D’ailleurs, le débat s’étend à la politique française : il divise les hommes politiques, y compris au sein de leur propre camp. Cela prouve qu’il n’y a pas d’unité face à la question de la burqa. A mon sens, deux courants sont présents, à gauche comme à droite : un premier courant jacobin, très favorable à une loi, et un deuxième pluriel et tolérant, qui prône une société multiculturelle. Il y a ici deux visions opposées de la société française.

Propos recueillis par Pierre Laurent

DR

Clint Eastwood n’a jamais aimé que le trait soit trop épais. Même la violence récurrente de ses films n’a jamais flirté avec le voyeurisme, d’autant que ses personnages, salauds ambigüs ou héros malgré eux, ont souvent fait de leur complexité un cheval de bataille. Je ne suis donc pas surpris qu’Invictus, un film évoquant l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en 1994, évite l’écueil de la mièvrerie et la facilité.

Pourtant, cette histoire est célèbre, émouvante et son adaptation au cinéma prêtait le flanc au pathos bas de plafond. Mandela, ancien avocat pacifiste opposé à l’apartheid en Afrique du Sud, crée une branche armée au sein du parti ANC, l’Umkhonto we Sizwe, puis se fait emprisonner pendant 27 ans, avant d’être libéré en 1990 puis d’être élu président en 1994. C’est là que commence le film, à une période charnière. Nelson Mandela doit réconcilier les deux communautés de son pays et les convaincre de faire des efforts mutuels : sa tâche est immense car le pays est exsangue financièrement, les disparités marquées et le racisme installé. Le président Mandela, fan de soccer comme ses concitoyens noirs, apprend que son pays va organiser la coupe du monde de rugby. Rapidement, il perçoit l’importance symbolique de l’événement et va tenter de faciliter la réconciliation nationale autour de l’équipe nationale, en difficulté depuis des années, fragilisée en interne et dominée par les Blancs.

Mandela, ce Machiavel

Selon Eastwood, Mandela n’était pas qu’un humaniste, mais aussi un leader politique, un monstre de charisme et un stratège. Tout l’intérêt du film, aux faux airs de documentaire, repose sur ce point d’autant que la mise en scène n’occulte pas les défauts du personnage, tenace jusque l’obstination, volontiers cabot, noctambule et en souffrance sur le plan intime. Mandela, co-prix Nobel de la Paix 1993, n’était pas à idéaliser et se doublait même d’un redoutable communicant, capable de se trouver une passion pour un sport qu’il détestait, capable de « manger » la camera avec brio. Le reste du film est plus classique, sans tomber dans le pastiche du « sport movie ». Les scènes sportives sont sobres, globalement assez réalistes -même si la musculature des rugbymen est surdimensionnée pour les canons du Mondial 1995-, et Matt Damon campe un François Pienaar convaincant et convaincu que le salut de son pays doit passer par des Springboks soudés, en guise d’exemple sportif à la nation.

Outre un hommage appuyé à l’effort de groupe, le film évoque aussi indirectement la récupération politique des grands événements sportifs et leurs coulisses. Toutefois, Clint Eastwood omet de rappeler que de fortes suspicions avaient pesé sur Louis Luyt, le président de la fédération sud-africaine de rugby. La fédération dont il avait la charge avait en effet payé des vacances et une montre en or à Derek Bevan, l’arbitre douteux de la demi-finale Afrique du Sud-France… Mais ces petites libertés n’occultent en rien le jeu puissant des acteurs, la composition remarquable de Morgan Freeman et une réalisation fluide, précise et sobrement émouvante. Seule la fin escamotée pourra laisser quelques regrets. A privilégier l’impact du symbole sportif, Eastwood ne rappelle peut-être pas assez que le racisme et les disparités ont survécu à la compétition…

Je ne pensais pas James Cameron capable de gâcher un univers original en le couplant à un scénario à la Roland Emmerich. Armé de cette certitude, j’ai cédé hier soir à la tentation « Avatar », largement relayé par les médias ces dernières semaines. Les premières minutes ont confirmé mes (grandes) attentes et exposent, avec un souci du détail appréciable et trop rare Outre-Atlantique, l’univers de ce film. En 2154, Jake Sully, un ancien marine paraplégique, accepte de participer au programme Avatar, pour remplacer son défunt frère jumeau. Il est envoyé sur Pandora, uneexoplanète située à 4,4 années-lumière de notre système solaire. Cette planète , riche d’une faune et d’une flore réjouissantes, est habitée par les Na’vi, une espèce humanoïde aux faux airs d’elfes façon Donjons et Dragons. Bien sûr, la présence humaine sur Pandora ne relève pas du seul intérêt touristique : les Terriens convoitent l’Unobtainium, un minerai inexploité sur place mais très riche. Comme le plus gros gisement se situe sous le biotope d’un clan Na’vi, les hommes décident de créer le programme diplomatique Avatar.

Une double vie

Le jour, l’esprit de Jake Sully, grâce à un mécanisme biologico-informatique sophistiqué, prend possession d’un… avatar bâti sur le modèle d’un Na’vi. La nuit, Sully retrouve son corps terrestre, démoli par la paraplégie.  Bon gré mal gré. Aussi heureux parmi les Na’vi que cynique et insomniaque chez les humains, il doit intégrer la population locale pour la convaincre de vivre ailleurs. Deux personnes supervisent son travail : la scientifique au grand cœur Grace Augustine, comme un clin d’œil à Dian Fossey (déjà jouée par Sigourney Weaver en 1988…) et le colonel Miles Quaritch, un faucon mais vrai abruti à la solde de Selfridge, le patron  ouvertement carriériste du consortium en quête de pétrole… pardon, d’Unobtainium. Très vite, deux visions s’opposent. La première prône la diplomatie et veut laisser le temps au temps. La seconde, incarnée par des mercenaires prompts à dégainer, laisse quelques semaines à Sully pour convaincre les Na’vi de « camper plus loin ».

Happés par le milieu

Stéréotypé vous me direz. Cameron refait le coup d’Aliens, l’univers luxuriant remplaçant la glaçante LV-426… A un détail près : aucun personnage n’est vraiment mis en avant. Comme Abyss, et à l’opposé de la série des  Terminator, ce film débute à la manière d’un conte. Même tempo lent, même exposition préalable, même empathie pour les faibles et la nature. En fait, ce film tire son originalité de son univers follement onirique, qui marie le meilleur de King Kong, de Star Wars et des plus belles productions de Miyazaki. La flore, propice à la rêverie et à la contemplation, cajole autant que la faune est sauvage. Sanglante mais juste, rude mais luxuriante, elle pourrait être un fantasme de retour à la vie originelle. De son côté, Sully rappelle furieusement Bob Morane, par son cynisme et sa sensibilité à fleur de peau. Ce Marine pas comme les autres finit par conquérir les Na’vi et le cœur de la fille du roi : la trépidante, imprévisible mais terriblement niaise Neytiri. Sully a beau être happé par la grâce de ce peuple en harmonie avec la nature, il ne se leurre guère. Il sait déjà qu’il devra choisir rapidement. En effet,  à l’horizon, se profilent déjà les ordres arides du colonel Quaritch. Jake doit-il trahir « son » camp aux idées colonialistes ou vivre en harmonie avec un peuple dont il partage les us et les coutumes ?

Le choix de la facilité

La question est rhétorique. Et c’est là que le film se perd. Si la peinture du peuple local est une merveille de délicatesse et d’honnêteté (les Na’vi sont eux aussi xénophobes), le tableau humain est aussi stéréotypé que réaliste. Les nombreuses références à la guerre du Vietnam plongent le film dans une autre dimension. Cameron s’éloigne peu à peu du conte pour rejoindre le genre de la science-fiction à grand spectacle. Dommage, car le récit gagne en force ce qu’il perd en puissance émotionnelle. Exemple-type, la bluette mal exploitée voire surfaite entre Neytiri et Jake. Cette relation prend le dessus sur la seule question qui méritait d’être posée : et si les humains avaient tendu la main au peuple Na’vi ? Au vu de la mythologie propre à ce film, je ne suis pas sûr du tout que les Na’vi l’auraient accepté facilement… Faute de subversion, Cameron -ou ses financiers?- a sacrifié la fragile magie des relations sur l’autel du choc des civilisations, pour y trouver l’occasion d’un tacle appuyé voire lourd aux sociétés occidentales. Courageux mais pas très subtil, car à trop privilégier la fluidité du récit, l’ancien réalisateur de « Titanic » rate ici ce que Kevin Costner a réussi avec « Danse avec les loups« . Émouvoir sans manières, toucher sans grosses ficelles, quitte à marquer les esprits durablement.

Pierre Laurent