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En Rhône-Alpes, la gauche plurielle l’a emporté largement sur la droite au second tour des élections régionales, notamment en raison de la poussée d’Europe Écologie. L’UMP piétine, le FN se réveille.

Le président du Conseil Régional, Jean-Jack Queyranne / DR

Une réélection dans un fauteuil. En Rhône-Alpes, le président (PS) sortant du Conseil Régional Jean-Jack Queyranne a été réélu facilement avec 50,76% des votes. Sans surprise, le socialiste a pu compter sur le report des voix d’Europe Écologie et du Front de gauche, qui avaient accepté de faire liste commune au soir du premier tour. Brillant troisième au premier tour avec 17,82%, le parti écologiste confirme son résultat des dernières élections européennes, et entend bien développer son influence à l’avenir. « Notre performance est positive, et montre que le PS doit tenir compte de notre présence » affirme Eric Piolle, quatrième sur la liste de l’Isère. La phrase est pleine de sens. Europe Écologie, traditionnellement versé à gauche, ne veut plus faire de la figuration et souhaite « engager les discussions » avec le PS. Eric Piolle, par ailleurs ingénieur dans le civil, confie même à brûle-pourpoint que le « PS n’avait pas réalisé que le rapport de force avait évolué ». Ainsi, lundi matin, le groupe écologiste a regretté, très colère, que certains élus socialistes ne voient le parti de Daniel Cohn-Bendit que comme une force d’appoint, dont l’appui « allait de soi ».

Europe Écologie demande plus de reconnaissance

Fort de ses résultats, Europe Écologie entend même « parler d’égal à égal » avec ses partenaires de gauche, amenés à revoir « certaines de leurs pratiques »… Un élu de gauche raconte ainsi la « difficulté de caser les employés, les anciens vice-présidents, sachant qu’il a fallu faire de la place pour les nouveaux arrivants ». Les négociations ont-elles été plus rudes en aparté ? La théorie a du sens, sachant que Marie-Odile Novelli, d’Europe Écologie, a glissé que le « PS n’avait pas l’habitude de céder de la place ». Bernard Soulage, le premier vice-président sortant, a vu là des « négociations sereines ». Les joutes verbales ont débuté entre les deux partis, visiblement en léger désaccord quant aux termes de l’union… En Rhône-Alpes comme ailleurs, les deux partis jouent désormais des coudes, et Jean-Jack Queyranne devra veiller à l’unité de sa majorité. En place depuis six ans, le socialiste a maintenant quatre ans devant lui pour suivre sa feuille de route, basée sur l’emploi et la solidarité. Fort d’une majorité de 100 élus, contre 40 pour l’UMP et 17 pour le FN, le dirigeant socialiste souhaite s’attaquer de front au chômage, un fléau dans la région, alors que 250 000 Rhônalpins recherchent un emploi. Ses solutions ? Une refonte du schéma régional de développement économique et un plan de soutien aux PME qui sera examiné en mai. En outre, les CARED (contrats d’accès ou de retour à l’emploi) vont être développés et la Région prendra en charge les coûts de la formation si l’entreprise embauche le salarié en CDI. Autre priorité du président réélu, l’innovation, afin de créer « de nouvelles dynamiques et de nouveaux emplois». En ce sens, la région Rhône-Alpes accueillera une conférence européenne des Régions pour le climat afin de «promouvoir des initiatives concrètes ».

L’UMP devra changer de tactique

L’UMP, largement défaite, n’aura pas à ménager ses propres alliés. Avec la présence au second tour du Front National, le parti présidentiel savait que la victoire de la gauche était inéluctable, au-delà de la communication de campagne. D’ailleurs, les scores du premier tour sont révélateurs : en tête avec 26,39% des suffrages, Françoise Grossetête n’a pas pu rassembler la droite au second tour avec un score de 34,02%. Ainsi, selon de nombreux observateurs, comme Pierre Martin (voir interview), l’UMP a surtout payé l’image négative du président Nicolas Sarkozy, en chute libre dans les sondages, comme l’ont confirmé à mots couverts certains leaders régionaux. Avec 40 élus, le parti présidentiel n’aura pas les coudées franches pour s’opposer aux décisions de la gauche plurielle, et devrait rester campé sur son argument de campagne : la rigueur budgétaire. La fiscalité a constitué pour l’UMP un cheval de bataille : les partisans de Françoise Grossetête ont souvent reproché à la mandature Queyranne d’avoir augmenté les impôts de 24%. Le président sortant nie le chiffre, et table sur 6%. Pour se défendre, la majorité régionale met en avant son action en faveur de la formation, les apprentis étant passés de 32 000 à 41 000 entre 2004 et 2009. Elle met également en exergue le triplement du budget de la recherche. Bruno Gollnisch, tête de liste FN dans la région, est loin de ces préoccupations. Traditionnellement anti-européen et nationaliste, le parti d’extrême-droite a obtenu 17 votes au Conseil Régional, après les 15,23% du second tour. Le maintien à ce niveau du parti de Jean-Marie Le Pen confirme l’enracinement du Front National en Rhône-Alpes, avec un score supérieur de six points à la moyenne nationale : 9,17%. De quoi susciter l’appétit de l’UMP, qui verra peut-être là un matelas électoral potentiel…

Pierre Laurent

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