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Lancé en 2004 pour protéger les communes iséroises d’une crue bicentennale, le projet est aujourd’hui remis en question. Pendant ce temps, les risques d’inondations sont réels.

Inondation à Veurey-Voroize (Isère) en 1928 / Mairie de Veurey-Voroize - Mme Ramu DR

L’Isère sera t-elle un jour aménagée correctement ? Après des dizaines d’années de projets avortés, les travaux d’aménagement des digues iséroises ont été reportés à 2011 sur le tronçon stratégique Saint-Ismier-La Tronche. L’information est d’importance, car la crue de 2001 avait fragilisé certaines portions de digue, n o t a m m e n t dans le secteur de Meylan. L’Association Départementale Isère-Drac Romanche était en première ligne lors de cette crue. Et Michel Pinhas, son directeur, ne cache pas son inquiétude : «Les digues de l’Isère sont vulnérables et une crue décennale peut les détruire. Et le fait de geler les chantiers augmente donc la probabilité d’avoir une crue d’ici l’achèvement des travaux ». En 2001, Michel Pinhas et son association avaient constaté une fuite de la digue protégeant les pépinières Paquet, près de Meylan. A l’époque, quelques travaux avaient suffi pour colmater la brèche, mais le scénario pourrait être moins favorable en cas de crue très intense.

Grenoble pourrait être inondé en cas de grue modérée

En effet, le Symbhi (Syndicat Mixte des bassins hydrauliques de l’Isère) est catégorique : une prochaine crue bicentennale, similaire à celle de 1859, pourrait occasionner des dommages évalués à 400 ou 500 millions d’euros dans le seul périmètre de Meylan et de La Tronche. Et si le scénario est peu probable, le risque n’est pas nul. Joint au téléphone, le Conseil Général regrette ce report des travaux, mais justifie son choix : «La réforme envisagée de la fiscalité locale, notamment celle de la taxe  nombreuses et graves incertitudes sur la gestion des collectivités territoriales. Nous avons donc choisi de geler les travaux».

Mais plus que l’argument économique, les associations écologistes locales accusent la région et la ville de privilégier la construction de la rocade Nord, déjà évoquée sous l’ère Carignon… « Michel Destot, le maire de la ville, privilégie les grands bâtiments… Par contre, quand il s’agit d’assurer la sécurité des Grenoblois, c’est beaucoup plus compliqué. Car dans son esprit, une digue, ce n’est pas spectaculaire ! » assène Vincent Comparat, de l’Ades (Association Démocratie Ecologie Solidarité), proche des Verts. A l’opposé de cette position tranchée, la perspective d’une crue mal maîtrisée ne mobilise pas vraiment les riverains. Selon Sébastien Gominet, de l’Irma (l’Institut des risques majeurs), «les gens ne s’intéressent aux crues qu’en cas de catastrophe, car le sujet n’est pas une préoccupation première. Par exemple, les réunions publiques organisées n’attirent pas grand monde, et les communes n’informent pas assez régulièrement leurs habitants». Pourtant, les Isérois ne sont pas à l’abri de crues.

Des crues abondantes dans la région

Par le passé, les colères de l’Isère ou de la Romanche ont inondé Grenoble et le Grésivaudan à plusieurs reprises (voir encadré). Le projet Isère Amont prévoit justement de protéger les zones habitées des inondations, en misant a minima sur un renforcement des digues et un aménagement perfectionné des berges. Mais en cas de crue trentennale ou plus intense, les terres agricoles serviraient de déversoir, appelés « champs d’inondation contrôlés ». Pour le moment, ces projets extra-urbains ne sont pas remis en cause par le gel des travaux, d’autant que le remboursement des agriculteurs touchés par d’éventuelles inondations vient d’être voté par le Conseil Général et le Symbhi. Mais en ce qui concerne le tronçon entre Saint-Ismier et La Tronche, rien de certain. Si ce n’est que Grenoble et ses environs restent à la merci des colères de l’Isère.

Pierre Laurent

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