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A l’heure du buzz, l’internaute serait-il la proie d’une chasse à courre façon web 2.0  ? La thèse semble être confirmée par de nombreux exemples récents, à l’image d’Xkiouze.com, un site qui proposait de faux documents pour faire l’école buissonnière, avant d’avouer sa vraie nature :  le soutien scolaire. Un peu gros certes, mais l’opération de communication a parfaitement réussi. Borderline d’un point de vue éthique ? Probablement. Mais ça marche. Contactée par lePost.fr, la directrice commerciale d’Iknost, Nathalie Genieux, a expliqué qu’il y avait deux objectifs : « toucher notre cible, à savoir les lycéens, et faire le buzz avec cette petite polémique ».

Les journaux en première ligne

En 2007 déjà, le chercheur du CNRS Pascal Froissart remarquait une certaine institutionnalisation du buzz, devenu un élément clé dans la quête d’audience. La méthode employée, directement issue des techniques de marketing ou de la publicité, a amené certains journaux à se servir de la rumeur comme d’une Une accrocheuse. A l’heure de la sacro-sainte crise de la presse, entre budgets au cordeau et annonceurs en berne, de nombreuses rédactions possèdent ainsi leurs « rabatteurs », habilités à créer le buzz, l’entretenir, le relancer, pour ensuite rediriger vers les sites phares, les internautes attirés. Le Monde Interactif a ainsi crée LePost.fr ; Le Nouvel Obs’, à l’image de lemonde.fr ou Libération, possède une belle batterie de blogs ; Twitter et d’autres sites de micro-blogging relaient souvent le dernier sujet people/sexy/e-techno ou sport à la mode…

Un remède à la crise de la presse ?

Dans la même veine, le blog « People, buzz et rumeurs » annonce la couleur : Emilie Jardin, par ailleurs journaliste au Nouvel Obs’, qualifie son blog de « blablatage »… La formule est dure, mais le contenu du blog lorgne très clairement vers l’info people : le couple Brad Pitt-Angelina Jolie, l’affaire de prostitution Zahia D., ou encore le « Terrygate » figurent parmi les sujets évoqués… Une expérience personnelle semble corroborer cette tendance. Habitué à avoir entre 5 et 10 visites par jour sur ce blog, je me suis amusé à poster un billet sur l’affaire Zahia D, avec un titre bien gras dont je ne suis pas fier : « Equipe de France : les Bleus au fond du trou ? ». Et là, miracle. « La Loupe » passe en quelques heures de 5 à 97 visites. Idem sur lepost.fr, où le même billet -passé en Une- flirte avec les 12000 lectures. Je ne retenterai pas l’expérience, mais elle m’a confirmé que les sujets sexy/trash/people/buzz sont incontestablement vendeurs. J’en sors tout déçu.

Peu convaincante sportivement, sifflée à domicile, l’équipe de France de football est désormais… moquée par une frange grandissante de ses supporters suite à l’affaire de prostitution qui pourrait concerner trois de ses joueurs : Sidney Govou, Franck Ribéry et désormais, Karim Benzema. A l’approche de la coupe du Monde, est-ce un coup dur pour les Bleus ou une occasion de se souder ?

Zahia Dehar, sur Facebook

C’est un buzz dont ils se seraient bien passés. Sur la sellette dans leurs clubs respectifs, Sidney Govou, Franck Ribéry et Karim Benzema font la Une des tabloïds européens pour une supposée affaire de prostitution. Une prostituée de 18 ans, Zahia Dehar,a indiqué avoir eu des relations sexuelles tarifées avec les trois joueurs. Karim Benzema devrait être prochainement auditionné, car il aurait eu des rapports avec la jeune femme alors qu’elle n’avait que 16 ans. Sa situation est la plus inquiétante, la sollicitation de relations sexuelles avec une mineure étant passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende. Réseau de prostitution ou non, ce rebondissement pose surtout la question de l’état mental des joueurs français alors que la coupe du Monde approche à grands pas. Face à ce genre de scandales, un  groupe peut avoir deux réactions : soit il explose et toute performance est impossible en Afrique du Sud, soit il se soude comme l’ont fait les Italiens avant le Mondial 2006, après une affaire de matchs truqués concernant entre autres, la Juventus de Turin ou le Milan AC. La réaction du groupe va prendre une grande importance, car le sélectionneur Raymond Domenech ne semble pas en mesure de chapeauter des joueurs qui le contestent, y compris sur la place publique.

Une difficulté à dépasser… ensemble

Quand la Fédération est distante, quand l’entraîneur ne semble plus à la hauteur, les joueurs doivent, seuls, se prendre en main. Dans le domaine sportif, il se dit souvent que les difficultés dévoilent les caractères… quand une équipe en dispose. Dans cette équipe de France, qui semble prêt à ne pas tourner le dos à la tempête ? Les plus expérimentés probablement, comme Thierry Henry ou William Gallas. Dans la génération « intermédiaire » des 23-30 ans, seuls Patrice Evra et Jérémy Toulalan semblent être capables de jouer les paratonnerres : on voit mal les discrets Sagna, Gourcuff  ou Malouda prendre la parole au nom du groupe. L’arme est classique car prendre sur soi pour protéger ses joueurs, d’autres l’ont fait par le passé : Jean-Michel Aulas puis Claude Puel à l’Olympique Lyonnais, Josep Guardiola au FC Barcelone et… le « clan des anciens » avant le Mondial 2006 : Zidane, Thuram, Vieira, Makelele, Sagnol… Ces présences charismatiques avaient permis à d’autres, comme Malouda, Ribéry de s’épanouir et de ne penser qu’au terrain. Les supporters français signeraient bien pour le scénario le plus favorable, mais sur le plan mental, la sélection française semble moins solide que ses devancières pour résister à la vague médiatique…

Pierre Laurent